En passant en revue ta carrière, on se souvient de ces images étranges de 2009 au Dauphiné où tu étais sur le point de gagner au Ventoux, et où tu as quasiment dû mettre pied à terre pour laisser la victoire à Szmyd…
- Je m’en souviens très bien. J’arrivais de derrière et lui était déjà échappé, si bien qu’on a pu un peu parler. Moi ce qui m’intéressait c’était prendre du temps pour le général pour devenir leader ; je lui ai dis que je lui laissais la victoire d’étape et c’est ce qui s’est passé. On a roulé à fond et à 500m de la ligne, je tirais devant et je me suis retourné pour voir où il était. C’est là que j’ai vu qu’il avait un peu lâché prise et j’ai donc levé le pied, mais je ne pouvais pas non plus attendre trop parce que je ne savais pas le temps que j’avais repris à mes rivaux au général. Finalement il est arrivé, m’a dépassé et a gagné. A cause de la nervosité et de la tension, parce qu’il n’a jamais gagné de course, il s’est senti mal et s’est mis à vomir. Au bout du compte j’étais très content parce que je prenais le maillot de leader et parce que lui avait gagné l’étape.
Tes caractéristiques ne sont pas celles qu’ont habituellement les cyclistes espagnols.
- Je crois que c’est avant tout naturel. Je m’entraîne pratiquement comme tout le monde et je fais attention à moi. Je suis comme ça depuis petit, j’ai commencé à gagner et peu à peu je suis devenu un coureur explosif, même si dans le même temps je considérais que je devais être un coureur capable de gagner un Grand Tour. Finalement j’ai réussi à en gagner un en 2009, mais j’ai aussi gagné des grandes classiques. Et ce n’est pas quelque chose qui se travaille, c’est naturel.
Penses-tu que si au lieu d’avoir couru dans une équipe espagnole, par habitude plus centrée sur les Grands Tours, et que tu avais couru dans une équipe belge ou nordique, tu te serais plus concentré sur les classiques ?
- Je ne sais pas. Oui je voulais disputer les classiques mais j’ai toujours eu en tête les Grands Tours. L’idée de viser les classiques vient d’Eusebio Unzue : « On doit aller à Liège » m’a-t-il dit. La première année en 2005 ça a été dur mais il était convaincu que je pouvais très
bien faire, et c’est ce qui est arrivé l’année d’après quand j’ai gagné. A ce moment là j’ai commencé à y croire, à me convaincre que les classiques me convenaient bien. Ou plutôt c’est que je ne le savais pas, parce que chez Kelme je n’avais pas couru de grandes classiques. C’est donc Eusebio qui m’a fait comprendre que les classiques me convenaient.
Liège convient très bien à tes caractéristiques. Tu t’y sens comme à la maison ?
- Oui en effet, c’est vrai que je m’y sens très à l’aise. Ca fait maintenant de nombreuses années que j’y marche bien : j’ai gagné deux fois, j’ai fait une fois 2e, et deux fois 3e, c’est donc une course qui me réussit. Pour pratiquement tout le monde, mis à part les classiques pavées, Liège est la course d’un jour la plus exigeante ; mais bon, je la connais bien et elle me plaît beaucoup.
C’est ta préférée ?
- Oui bien sûr.
Tu as un style particulier dans les montées : très souvent on a l’impression que tu es en souffrance, puis soudain tu accélères et en quelques mètres tu lâches tout le monde…
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- C’est avant tout parce que je me connais.
J’essaye d’être régulier ; il y a des coureurs comme Purito et Contador qui peuvent brusquement accélérer,mais eux aussiau bout d’un moment doivent ralentir. Moi à mon rythme je ne me mets pas dans le rouge, et dans les derniers mètres je peux utiliser l’énergie que j’ai un peu gardée avant. C’est ce qui s’est passé cette année dans l’Angliru : j’ai gardé mon rythme, Purito a vu que je ne suivais pas et il s’est mis à fond pour essayer de faire des écarts, mais finalement il a fait moins bien que moi. Dans les derniers mètres c’est lui qui était fatigué alors que moi j’avais gardé des forces. Si j’ai pu terminer 3e de la Vuelta, c’est grâce à ça.
Du point de vue du spectateur, on a l’impression que tu n’aimes pas trop attaquer de loin, c’est vrai ?
- Oui parce que je peux compter sur mes qualités de sprinter. Si ça n’était pas le cas, j’attaquerai de loin. C’est comme Purito qui sait qu’il est capable de tenir 700 mètres à un rythme incroyable. Que fait-il du coup ? Il profite de cet avantage, et quand il utilise cette cartouche, ces 700 mètres de folie, c’est très dur de le rattraper.
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