Est-ce une obsession pour toi de gagner un Tour ou un Mondial où tu as déjà fait 2e, 3e et 4e ?
- Oui, j’aimerais gagner l’or bien sûr. Le premier qui voulait gagner l’or cette année c’était moi, mais comme tout le monde sait, c’est difficile, tous les meilleurs coureurs du monde sont là.
Comment vois-tu l’avenir du cyclisme espagnol ? Tu as toujours été habitué à courir avec des coureurs de premier plan mais on a l’impression qu’il y a maintenant un vide, où Movistar apparaît comme une exception. L’avenir se trouve-t-il en dehors de nos frontières ?
- C’est clair que le fait que des équipes comme Euskatel (ou avant Orbea, Andalucia ou Contemporis) disparaissent est triste. C’est lié non au cyclisme mais à la situation économique en général en Espagne. Si l’économie allait bien, c’est sûr qu’il y aurait plus d’équipes, ou du moins que les équipes qui ont disparu auraient continué à exister. Mais l’économie n’est pas au mieux et des coupes sont faites dans tous les sens.
Crois-tu que cela puisse provoquer un vide générationnel quand la génération actuelle, très talentueuse, se retirera ?
- J’espère que non. Moi pour ma part je vais continuer à essayer d’aider. De fait, j’aide déjà des minimes, des cadets, et pourquoi pas, j’espère plus tard des juniors. Alberto (Contador) aide lui aussi des juniors. Je crois qu’aider les jeunes est super important, comme quand j’ai commencé.
En pensant à l’année qui vient, comment vois-tu la coexistence avec Quintana sur un Grand Tour ?
- Il n’y aura aucun problème avec lui. J’ai déjà dis que si un jour Nairo est meilleur que moi, je n’hésiterai pas à travailler pour lui. De fait cette année [sur le Tour] quand j’ai perdu mes chances au général et qu’il a eu l’opportunité de faire un podium, j’aurais pu me battre comme l’a fait Rui (Costa) pour gagner une étape, en perdant encore plus de temps au général, mais je me suis centré sur l’objectif d’aider au maximum Nairo. A propos de la saison prochaine, on se partagera les objectifs bien sûr, mais ensuite, peut-être que nous serons tous les deux sur le Tour.
Qu’est-ce qu’il te fait le plus peur : la 1ere semaine d’un Grand Tour, ou les 100 premiers km d’une classique ?
- (Il soupire) La première semaine d’un Grand Tour. Surtout du Tour : c’est une course très difficile, très nerveuse, et elle fait peur.
Qui serait ton cycliste idéal ?
- En chrono, je n’aurais aucun doute : Tony Martin ou Cancellara. Et bien sûr, Miguel Indurain. De lui je garderais tout, car il était super intelligent, creusait des écarts en chrono, et grimpait comme le meilleur. Je le définirais comme « Miguel », tout simplement. C’était mon idole et il continue de l’être. Et même s’il était plus « petit » je citerais aussi « Perico » (Pedro Delgado) : j’aimais beaucoup sa manière de courir. C’était un crack : malin, intelligent…Miguel calculait tout un peu plus, mais « Perico » était lui aussi incroyable.
Pourrais-tu faire un classement de tes courses préférées ?
- D’abord le Tour. Le Mondial en deuxième. Et ensuite, même si je sais qu’elle ne me va pas bien, j’aimerais courir Paris/Roubaix et être sur le podium. D’ailleurs cette année je vais la disputer (il rit en cherchant du regard son attachée de presse qui semble dire non de la tête) !
Avec quel coéquipier t’es-tu senti le mieux ?
- Je ne saurais pas le dire. En général j’ai eu beaucoup de chance, ils ont tous été très bien, à leur façon. Je passe beaucoup de temps avec Imanol (Erviti) et j’aime toujours qu’il soit là où je suis. Mais en fait je m’entends bien avec tous ! Pablo (Lastras) et Ivan (Gutierrez) sont deux coureurs vétérans qui sont toujours là. Ils ne déçoivent pas. Même dans les jours où ils sont en moins bonne forme que d’autres coéquipiers, ils t’apportent plus parce qu’ils ont de l’expérience.
Pour quel rival et quand t’es-tu dit « celui là, même en moto je ne le battrais pas » ?
- Il y a tant de jours où je me suis dit ça (rires)… ! Je ne m’en rappelle pas d’un en particulier, il y en a tellement ! Par exemple Froome sur le dernier Tour. Je savais qu’il était imbattable depuis le premier jour, jusqu’au dernier. Et l’année d’avant Wiggins, idem. Il y en a beaucoup, beaucoup !
Quelle serait ta « minute 116 » [c’est le nom du magazine] ?
- Tour 2005. Courchevel. 10e étape. Sans aucun doute (sourire).
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