« On sait aussi que Alejandro Valverde en gagnera de belles, en dépit de sa 33e place, car il surgit sur le versant descendant du Poggio après avoir été retardé par une chute qui fut pour tous les autres rédhibitoire » : c'est ce qu'écrivait Philippe Bouvet dans L'Equipe, au lendemain de Milan San Remo 2005.
10 ans après, et après en avoir en effet "gagné de belles", Valverde s'attaque de nouveau à la Primavera. Le challenge est de taille face à la concurrence des sprinters d'une part, clairement favorisés par le parcours, et des autres puncheurs/sprinters d'autre part, capables comme Alejandro de s'imposer au sein d'un groupe réduit qui se serait extirpé dans le Poggio et/ou dans sa descente...
Deux chiffres à avoir en tête : 5,5 km, c'est la distance qui sépare le sommet du Poggio et la ligne d'arrivée. 2,3 km, c'est la distance entre la fin de la descente, et l'arrivée.
Montage photo ci-dessous : à gauche, Alejandro dans la descente du Poggio en 2006 (on le voit très bien placé, en 6e position) ; en haut à droite, durant cette même course ; en bas à droite, durant Milan San Remo 2005.
Résultat
Belle course d'Alejandro ! Il n'a certes pas pu peser sur la course mais il était parfaitement dans le coup pour la gagne. En 5e position dans la descente du Poggio puis dans le replat ensuite, il était idéalement placé en cas d'offensive. Mais ça roulait très vite, trop peut-être, face aux Katusha notamment. On a eu peur niveau placement dans les 25 derniers km, car il a fait le yo-yo, alternant phases de très bon placement, phases où il se faisait un peu enfermé, et phases où il était franchement mal placé. Mais il a dû bien se débrouiller puisqu'au moment où il l'a fallu, dans la dernière partie du Poggio, il est revenu parmi les premières positions, qu'il n'a plus quittées jusqu'à la toute fin où il a laissé les purs sprinters faire le sprint.
Bilan positif car non seulement il a pris ses marques pour les prochains Milan San Remo, qui devraient être plus corsés, mais en plus il a pu voir qu'il a toutes ses chances : il dégageait une impression visuelle de vraie facilité dans le final. C'est du reste de bon augure, à plus court terme, pour les classiques ardennaises dans un mois !
Alejandro continue tout de même de m'épater parce que sa capacité à briller partout, y compris sur un monument du cyclisme comme celui-ci malgré le fait qu'il n'avait plus couru l'épreuve depuis 9 ans ! Je crois vraiment qu'il sera en mesure de gagner Milan San Remo un jour, surtout si le parcours se durcit comme c'est prévu. Outre ses qualités de puncheurs et sa résistance (qui est essentielle pour ces courses aussi longues), son talent de descendeur est un atout à mon sens décisif qui peut lui permettre de faire la différence face aux autres prétendants.
On notera pour finir que Lobato s'est bien planté alors qu'il faisait de la course un grand objectif (il le clamait dans tous les médias), et que c'est Valverde qui a fait la meilleure perf de la Movistar (lui qui a décidé au dernier moment de courir la Primavera et ne s'était pas préparé pour) : c'est important dans la perspective du Championnat du Monde où aussi bien Lobato que Valverde peuvent prétendre au statut de leader de la sélection espagnole.

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