Le Championnat du Monde de Richmond, dimanche prochain, sera différent des autres à plus d'un titre :
- ils se déroulent aux Etats-Unis : c'est la 1ere fois depuis 2010 (en Australie) que le Mondial se dispute hors d'Europe. Auparavant, il fallait remonter à 2003 (au Canada) et 1995 (en Colombie) pour retrouver un ville-hôte non-européenne.
- Alejandro a montré des signes évidents de fatigue sur la Vuelta, plus que d'habitude. Il y a obtenu son moins bon classement général de toute sa carrière ; en particulier, c'était la première fois qu'il n'intégrait pas le top 5 (excepté son abandon en 2002), en dix participations. Il ne s'agit pas là de refaire le débat "déception ou pas déception", déjà largement abordé ici (sa saison déjà largement réussie par ailleurs m'a fait dire, pour ma part, que ce n'était pas une déception). En revanche on ne peut pas faire comme si Alejandro se présentait en pleine possession de ses moyens. Il dit lui-même qu'il est fatigué. Alejandro est capable du meilleur, on le sait : il nous a parfois bluffé par le passé par sa capacité à (re)devenir en forme très vite. Mais il reste humain, et ce ne serait donc pas très surprenant s'il devait s'avérer que ses jambes soient lourdes dans le final. Nous, on criera devant notre télévision (attention, arrivée prévue vers 21h30 et non en fin d'après-midi) pour l'encourager au maximum, mais pas sûr que nos voix, aussi fortes soient-elles, passent l'Atlantique...;)
- là où les Mondiaux se résument souvent à un suspens "victoire d'un sprinter ou d'un puncheur-attaquant ?", le tracé de l'édition 2015 apporte un peu de nouveauté avec un parcours urbain comportant deux courts "raidards" pavés et une autre petite côte. Ce Mondial est original dans le sens où il favorise (sur le papier) en priorité les flandriens, avec trois "tape-cul" secs et rapprochés au sein du circuit de 16,2 km qu'il faudra parcourir seize fois.
Le 1er de ces "tape-cul", Libby Hill, est a) pavé, b) étroit, c) de 250m, d) à 8% de moyenne.
Le 2e se grimpera juste après Libby Hill. Il est a) pavé là encore ; b) de 185m (encore plus court donc) ; c) à 12% de moyenne.
Le 3e enfin, la côte de Governor Street, se grimpera après une légère descente. Caractéristiques : pas de pavés mais a) située (quasiment) à la flamme rouge ; b) 7% de moyenne ; c) 295 m de long.
Restera encore 680m en ligne droite. Certains parlent d'un faux plat montant mais il s'agira en réalité seulement d'une arrivée à 1% de moyenne, c'est-à-dire presque rien.
On le voit donc bien : ce sera usant, mais absolument pas pour les purs puncheurs type Purito. Si Alejandro est cité parmi les outsiders, c'est bien parce qu'il n'est pas seulement puncheur (qualité certes utile ici mais pas suffisante) mais aussi à l'aise sur les pavés (cf le dernier Tour, ou sur A Travers les Flandres l'an dernier où il avait été bluffant) et bon sprinter. Dans cette perspective, trois hommes présentent plus de garanties que lui : Sagan, Kristoff et Degenkolb, qui constituent les trois hommes à battre de ce Mondial. Matthews (2e au GP du Québec, et également cette année 3e de San Remo et 3e de l'Amstel) fait moins parler de lui mais est tout aussi dangereux. Je me méfie aussi beaucoup de Stybar qui est, je persiste à le penser, sous-estimé : on parle tout de même d'un triple champion du monde (de cyclocross), hyper à l'aise sur les parcours techniques... Van Avermaet est également un redoutable candidat...mais plutôt aux places d'honneur, diront les mauvaises langues. D'autres outsiders à l'aise sur les flandriennes sont cités comme Gilbert, Vanmarcke, Kwiatkowski et Boasson Hagen. Valverde est donc véritablement un épouvantail dans la liste des favoris (car oui, il est bien cité dedans, comme on le voit ici sur le site de paris paddypower par exemple) et il faut avouer que cette simple constatation est déjà assez excitante, car elle souligne en creux son extraordinaire polyvalence.
Quel scénario, dès lors ? Un scénario crédible serait une course d'écrémage suivie pour finir d'une arrivée en petit groupe avec seulement les plus costauds qui seraient, selon le pronostic de Lobato, "Degenkolb, Kristoff, Matthews, Sagan… et Valverde". Dès lors la fraîcheur jouerait autant que les qualités de sprinters ; bien malin est celui qui pourrait prédire à coup sûr le vainqueur au sein d'un tel quintet...
Cela dit, le Mondial nous réserve souvent des surprises sur son scénario. C'est d'ailleurs en cela que cette course est intéressante, même si c'est parfois très frustrant (ex typique : des favoris piégés au sein du peloton car un gros groupe a pris du champs à l'avant et car personne ne roule derrière).
- la rivalité Purito / Valverde est désormais explicite depuis les propos du premier à la fin de la Vuelta. Ca n'en fait pas un rival d'Alejandro mais ça fait un élément de soutien de moins dans l'équipe d'Espagne. Ce n'est pas majeur, mais ça peut jouer dans un final...Espérons qu'Alejandro puisse être soutenu correctement dans les derniers tours de l'épreuve, même si bien sûr il devra sans doute se débrouiller seul sur la toute fin.
3e sur chacun des 3 derniers Mondiaux : Alejandro a placé la barre très haut ces dernières années, nous faisant presque oublier qu'il lui est parfois arrivé dans sa carrière de ne pas être aussi performant (56e en 2007, 36e en 2008, 9e en 2009). Chaque saison est différente et chaque tracé conditionne évidemment le résultat final. Celui de cette année n'est pas optimal pour Alejandro, mais est suffisamment "tricky" pour que ces chances existent. Une note d'optimisme : Alejandro a montré sur la Vuelta qu'il avait gagné en puissance - parfaitement ce qu'il faut au vu du tracé du Mondial.

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