A 5 jours du départ du Giro, le journal espagnol Marca a interviewé Alejandro. Traduction ci-dessous :
Donc, tu vois tout en rose.
Je vois tout rose, oui, je pense en rose (rires).
Par cette expression, je voulais aussi dire que tu vois tout avec espoir et optimisme. Pour le Giro aussi.
Oui. Je me sens bien, j'ai pu m'entraîner sans problèmes. Ca s'est vu dans mes dernières courses : sur la Flèche, j'étais dans une condition phénoménale, et sur Liège je me suis senti plutôt bien au vu des conditions météos. Je n'ai pas eu un seul moment avec des mauvaises sensations, mais j'ai un peu douté dans la dernière côte pavée et c'est ce qui m'a empêché de pouvoir être plus proche de la victoire. Gagner, je ne sais pas si j'aurais gagné. Mais si j'aurais pu être plus proche, oui certainement.
La majorité de tes rivaux, frigorifiés, ont dit qu'ils ne pouvaient pas faire mieux. Mais ce n'est pas ton cas, donc.
Non, j'ai vu que devant ils étaient proches, j'aurais pu être avec les échappés. Les conditions étaient très mauvaises et je n'y suis pas habitué, et pour cela j'ai douté, parce que je ne savais pas comment je pouvais répondre. Et une fois que tu doutes, quand tu veux réagir il est trop tard.
Ce que tu décris n'est pas très rassurant, puisqu'on sait bien que le Giro se joue souvent sous la neige ; il n'y a qu'à voir comment ton coéquipier Quintana l'a emporté il y a 2 ans.
Oui, c'est clair. Mais ce sont des situations différentes : une journée, ce n'est pas la même chose que 21. J'ai déjà couru un certain nombre de Grands Tours, désormais. Et même si je ne connais pas le Giro, ça reste tout de même un Grand Tour.
Ce sera ton 19e Grand Tour. Quand tu as vu le parcours en octobre, à Milan, tu nous as dit que tu l'appréciais, mais que tu n'étais pas certain de le disputer. Ca a été difficile de convaincre Eusebio Unzue ?
Non pas du tout. Le parcours ne me déplaît pas, au contraire. Au moment de sa présentation, je ne savais pas encore quel allait être mon calendrier. Quand Eusebio m'a demandé ce que je pensais d'une participation au Giro, je lui ai répondu que c'était une excellente idée. Je crois que c'est le moment de le disputer. Et je me sens très bien.
Ta relation avec l'Italie a été "tourmentée" par la suspension que t'avait imposée les autorités italiennes.
Non, je ne dirai pas ça. Il s'est passé ce qu'il s'est passé, mais ça ne veut pas dire que j'ai quelque chose contre l'Italie ou les Italiens, au contraire. De la même façon que les Italiens n'ont rien contre moi. Quand j'ai couru Tirreno et Milan San Remo je me suis senti très soutenu. Ca fait plaisir.
N'as-tu pas gardé un mauvais souvenir de cette période, cet acharnement des autorités italiennes ?
Je suis quelqu'un qui essaie d'oublier le mauvais pour ne retenir que le bon. Aujourd'hui quand je voyage en Italie, pour courir ou pour n'importe quoi d'autre, je ne pense absolument pas à tout ça. Je n'ai pas le moindre problème avec ça.
On a l'impression que la fraîcheur que tu as aujourd'hui est en partie due à cette pause forcée d'un an et demi.
Je crois que oui, que ça peut s'expliquer ainsi, que cette pause m'a permis d'être plus frais à ce stade. Un an et demi sans courir constitue un repos pour le corps, et comme je continuais de m'entraîner, encore plus à cette époque, tout ça m'a permis de me sentir meilleur aujourd'hui. Moi bien sûr je voulais pouvoir courir, je n'ai pas mal vécu le temps sans compétition, ça ne m'a pas rendu aigri. J'ai profité de la vie, avec ma famille.
Et quelques temps ensuite, en 2014, tu reviens à Rome, "sur les lieux du crime", et tu gagnes là-bas la Roma Maxima.
C'est un grand souvenir ! C'était le lendemain des Strade Bianche, qui est une très belle course. Et la Roma Maxima avait son charme. Pour la course elle-même et pour les lieux par lesquels on passait, c'était une bonne course. Je m'en souviens, c'était phénoménal. Et cette victoire a été très travaillée et très spéciale. J'ai attaqué de loin avec Pozzovivo, on avait l'impression qu'on allait se faire reprendre, mais finalement non...un bon souvenir, oui.
(la suite sous l'image)

Le cyclisme en Italie a une saveur particulière. Comment la définirais-tu ?
Très passionnée. Les Italiens aiment beaucoup leur course ; les tifosis sont impressionnants. J'ai parlé avec de très nombreux coureurs et ceux qui vont au Giro reviennent très contents. Ils me disent maintenant "tu verras, tu vas adorer la course".
On n'y souffre moins que sur le Tour, même si tu aimes aussi cette "torture".
La vérité c'est qu'on souffre sur toutes les courses, mais la 1ere semaine du Tour est terrible. Et pas seulement ça, il y a aussi le fait que tout le monde veut être à 100%...c'est trop ! Je ne veux pas dire que le Giro est moins dur, absolument pas. Mais il est différent.
Il faut dire que tu t'étais obsessionné pour le Tour. En montant sur le podium l'an passé, on t'a senti depuis libéré.
C'est vrai, je me suis assez libéré, comme si je m'étais enlevé un poids. D'abord je voulais le gagner, puis j'ai vu que c'était très difficile et je me suis alors concentré sur le podium, le podium, le podium...J'ai été proche de l'obtenir plusieurs fois, et au bout du compte j'ai réussi à l'avoir.
Pour revenir au Giro : tu as réalisé une préparation totalement différente de d'habitude. Et ça s'est vu sur ta forme. Peu de fois on t'a vu aussi fort sur la Flèche Wallonne.
Ca se voit que je suis bien plus "frais". Il faut dire que courir le Tour du Pays Basque et le Tour de Catalogne fatigue beaucoup. Quand ils ont eu lieu, moi j'étais à la maison et je me rongeais les ongles. Je me disais que je pouvais être là-bas, à jouer les victoires d'étapes. Mais le plan consistait justement à m'économiser. Je me disais, pour m'y convaincre, que je devais garder mes forces pour mai. Quand je suis revenu au Tour de Castille et Leon, j'ai vu que j'étais très motivé et que j'étais très impatient de courir. De même sur Liège : je me sentais très bien, pour une méteo pareille. J'ai terminé 17e, mais j'avais les jambes pour jouer la gagne.
Penses-tu que le Giro se dispute différemment que les autres Grands Tours ?
J'espère que c'est comme la Vuelta. Différent du Tour, oui. Avec du stress, mais pas le même que celui du Tour. Aujourd'hui toutes les courses World Tour se ressemblent : ce sont les mêmes équipes, directeurs sportifs, journalistes...sur le Tour c'est la même chose, mais en beaucoup plus grand.
Comment vois-tu la 1ere semaine ? Où faudra-t-il mettre l'accent, où faudra-t-il faire attention ?
Il faudra être très attentif, à l'avant, surtout durant les 1eres étapes aux Pays Bas. Comme sur l'Amstel, on doublera sur la gauche, sur la droite, sur des routes étroites...On verra aussi la météo ; après le Liège qu'on a eu, on peut difficilement avoir finir. Et je l'ai plutôt bien passé, mais si le fait que ce soit Liège m'a donné un peu plus de forces pour résister à ce temps.
La 1ere arrivée au sommet arrive tôt, le jeudi à Roccaraso.
Celle-là je ne l'ai pas reconnu. On a reconnu la 8e, celle du chemin de terre [jusqu'à Arezzo, avec une partie de montée finale sur un chemin ensablé]. C'est juste avant le chrono, que j'ai reconnu aussi et qui est dur. Ce seront 40 km, et le parcours m'est bien plus favorable qu'un chrono tout plat. Il n'a pas une ligne droite, il tourne beaucoup entre les bois. Les lignes droites interminables me font du mal, or ce tracé comporte beaucoup de changements de direction, ce qui ne me convient pas mal.
Quelles autres étapes as-tu pu reconnaître ?
Celle de la Corvara [la 14e], qui est très importante, essentielle. Les cols y sont très durs. Ce sera mieux d'avoir un coéquipier à l'avant...Il faudra être très attentif.
Il y aura encore du chemin ensuite. L'étape suivante est le chrono en côte.
Il me plaît, on a été bon quand on l'a reconnu. On connaît un peu tout dessus, les développements, etc. Il nous convient bien. On l'a fait rapidement. Mais les 3 ou 4 derniers jours seront terribles.
L'Agnello et ses 2.744 mètres à l'avant-dernière étape.
Espérons que le temps nous permette de courir cette étape. Espérons.
Où se gagnera ce Giro ?
A Turin, le dernier jour (rires). Il peut se gagner ou se perdre à n'importe quel moment. Je ne saurais pas distinguer un moment précis, d'autant que c'est la 1ere fois que je disputerai la course.
Il y aura un facteur externe fondamental : les rivaux.
Effectivement. Celui que je vois comme le plus fort en ce moment est Mikel Landa. Il grimpe très bien, est bon sur tous les terrains. Il est en forme et c'est important aussi. De son côté, Nibali n'a pas montré de grandes choses [cette saison], mais pour moi il reste le rival le plus coriace. S'il n'a pas été performant jusqu'ici, cela peut être dû à sa préparation. C'est lui qui a gagné la Vuelta, le Giro et le Tour. A voir comment on arrivera à l'arrêter.
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