1ere partie consacrée au Tour en général ; la 2e partie sera centrée sur Valverde
Quel Tour déroutant...
La mise en place, inédite, de contrôles d'une part contre les moteurs électriques, d'autre part contre les micro-doses d'EPO, n'a conduit à aucune baisse surprenante de niveau (et encore moins chez Sky) si ce n'est celle de Pinot et de Quintana, deux coureurs généralement peu suspectés à ce niveau.
Quintana, attendu comme le sauveur capable de libérer le public du joug de la domination Sky, nous a en fait fait une Menchov : il termine sur le podium, en ayant été quasiment invisible durant tout le Tour. Qui l'eût cru ? Il semblait pourtant évident, avant le départ, que le Colombien serait le type de coureurs (très rare) capable de tout tenter pour être 1er quitte à sacrifier un podium. Le contraire s'est produit car Quintana était si mal que le podium est déjà une victoire en soi pour lui qui a même pensé abandonner il y a quelques jours.
Les conséquences de cette panne de jambes ne sont pas négligeables. Jusqu'ici Quintana était parfois considéré comme le meilleur grimpeur du monde, et beaucoup considéraient que Froome l'emportait sur le Tour grâce à d'autres facteurs : chrono, équipe très solide, etc. Pour moi il n'en est rien et il n'est plus possible d'avoir de doute suite à ce Tour, taillé plus-que-jamais pour les grimpeurs. Le grand débat, à la fin de ce Tour, est de savoir si Froome a gagné avant tout grâce à son équipe ou avant tout grâce à son niveau personnel ; autrement dit, si Froome avait couru ce Tour à la Movistar, et Quintana à la Sky, lequel des deux aurait gagné. Je pense que Froome aurait gagné quoi qu'il arrive. Moins facilement certes, nettement moins, mais le chrono en montagne nous a bien montré la hiérarchie des favoris (Nb : Valverde aurait pu être plus haut car il ne s'y est pas donné à 100%, a-t-il dit ensuite). Jamais Froome n'a été réellement mis en difficulté sur ce Tour (excepté vendredi à cause de sa chute et de son vélo inadaptée). Froome ne s'est pas donné à 100%, sauf sur le chrono en montagne, d'où le fait qu'il ne nous a pas donné l'impression d'écraser lui-même la course.
La thèse selon laquelle Froome est moins extraterrestre qu'en 2013 et 2015 par exemple ne tient pas à mon sens. Il est simplement plus malin. Il sait qu'il a tout intérêt à moins dominer outrageusement la course et à apparaitre plus sympathique (Froome est apparu plus sympathique que Quintana ! Qui l'eût cru, bis) : de là les deux offensives "surprises" de Froome en 1re partie de Tour (en descente -c'était prévu qu'il le fasse durant le Tour, a confié Portal - et sur le plat lors du final d'une étape où il s'était extirpé avec 3 autres coureurs) ; de là, aussi, le fait que la Sky a laissé filer les échappés quasiment à chaque fois, pour éviter l'effet Armstrong d'écrasement de la course ; de là, enfin, le fait qu'il ira disputer la Vuelta qu'il ne gagnera pas, où Contador (ou Quintana) le devancera, ce qui sera bien pratique pour l'an prochain puisque comme chaque année réapparaîtra un faux suspens, à la manière d'un "et si Froome était prenable, tout compte fait ? Regardez sur la Vuelta".
Froome a déclaré hier soir qu'il souhaite revenir sur le Tour "ces 5 ou 6 prochaines années" pour continuer de le gagner. Le débat "gagne-t-il avant tout grâce à son équipe ou non" est très intéressant mais de fait, quels que soient notre avis sur le sujet, Froome continuera de toute façon à pouvoir compter sur une très forte équipe Sky, qui embauchera Diego Rosa et peut-être Keldermann ou le fameux SK du Giro (qu'on imagine très bien en sbire Sky) à partir de l'an prochain - autrement dit, qui se renforcera...Prudhomme déclare aujourd'hui qu'il souhaite que les équipes soient réduites à 8 coureurs au lieu de 9. Au-delà des doutes sur la faisabilité d'un tel souhait, j'ai surtout des doutes sur la réelle efficacité d'une telle mesure. L'invincibilité de Froome tient en effet à un mix royal entre le fait qu'il bénéficie de la meilleure équipe possible, très largement supérieure aux autres (Poels avait sur certaines étapes le niveau des prétendants au podium, rôle que jouaient Porte et Thomas pour Froome l'an dernier, et rôle que jouait Froome pour Wiggins en 2012...), et le fait qu'il est lui-même le meilleur grimpeur, le meilleur rouleur et désormais le meilleur descendeur parmi les prétendants à la victoire !
J'avais déjà du mal à imaginer Quintana à renverser Froome ; maintenant, j'ai encore moins d'espoirs, quand bien même Quintana retrouve son meilleur niveau l'an prochain. Le problème tient au fait qu'aucun coureur, aucune jeune pépite, ne semble capable de détrôner la Sky dans les années à venir. Entre Froome et les autres, il y a un monde. En témoigne le fait que la 2e place s'est jouée entre des coureurs comme Bardet, Mollema, et A.Yates, très, très nettement inférieurs à Froome. Et aucun talent en devenir n'apparaît dans le radar pour renverser la vapeur, quand bien même A.Yates et Meintjes ont beaucoup de talent. Aru, lui, sera autant rival de Froome que Simoni l'avait été d'Armstrong ; son cas a une nouvelle fois montré que le niveau du Giro et de la Vuelta reste bien différent de celui du Tour.
Au bout du compte, le seul espoir de ne pas avoir à subir une succession infinie de victoires froomesque sur le Tour réside dans la conception des tracés du Tour. ASO doit désormais savoir que ce n'est pas en concevant un parcours pour pur grimpeurs que Froome sera pour autant déstabilisé par Quintana. Et si le parcours est plus favorable aux rouleurs, il sera encore plus favorable à Froome. La solution, de mon point de vue, consiste en des parcours très piégeux, comme en 2014, avec une étape pavés difficile, avec des étapes à bordure, avec de l'ingéniosité dans le tracé d'étapes qui doivent avant tout éviter les arrivées type La Planche des Belles Filles, ultra favorable à l'asphyxie du train Sky...et qui sera pourtant au programme du Tour 2017, comme on l'a appris il y a quelques jours.
L'an prochain, on risque donc d'avoir droit à une affiche du Tour très similaire aux années Armstrong : un ultra favori, et des outsiders - Quintana dans le rôle d'Ulrich et Contador dans celui de Beloki - identiques aux années précédentes, avec une sorte de suspens pour savoir si les différents outsiders s'allieront ou non, une succession de déclarations du type "on a un plan" (...en la matière, Valverde nous a fait une superbe A.Schleck cette année !), et in fine une épreuve où chacun attend le dernier col, avec au mieux une petite attaque bien vite réprimée, et rapidement l'idée qu'il serait en fait plus sage de rester dans les roues pour maximiser ses chances de podium. Tableau cruel, mais qui correspond à la réalité de ce Tour 2016, peut-être bien le Tour le moins intéressant de ces 10 dernières années.
Dans ces conditions, on ne peut que se réjouir de supporter un coureur qui nous fait vibrer toute l'année, et qui a fort heureusement laissé tomber cette obsession juilletiste !
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