La Bala est de retour ! On l'avait quitté sur le Tour, fatigué, puis forfait à la Clasica. De retour sur "son" Tour, il rallume la flamme. Au fond, après avoir fait le tour de France, tout ce qu'il voulait c'était être à la maison...
"Prendre du plaisir et disputer certaines étapes" : c'était ses déclarations à l'entame de cette Vuelta. C'est ce qu'il a parfaitement fait aujourd'hui en s'imposant devant Kwiatkowski, nouveau leader. Alejandro a accéléré à plus de 500m de la ligne en maîtrisant parfaitement son effort puis en battant nettement au sprint le Polonais, seul coureur à avoir suivi sa roue (voir vidéo du dernier km).
C'était comme une évidence. On se doutait fortement qu'Alejandro allait faire preuve de sa fameuse explosivité pour lever les bras sur cette Vuelta. Et pourtant...
...on ne s'y attendait pas forcément aussi tôt : l'arrivée du jour lui correspondait certes, mais Alejandro lui-même la jugerait insuffisamment exigeante, et s'est dit "surpris" après l'arrivée qu'elle est fait autant de dégâts ! Il estime d'ailleurs que le soleil et la chaleur (plus de 30 degrés) ont fait souffrir le peloton. L'idée de la Movistar, au briefing ce dimanche matin, était de se mettre à travailler pour Valverde si Sagan et Trentin se faisaient lâcher : finalement, le final a fait bien plus mal que prévu, puisque seuls 26 coureurs sont arrivés moins de 10 secondes après la victoire d'Alejandro.
...on n'avait plus vu le meilleur Valverde (celui qui ne fait qu'une bouchée de ses rivaux, qui prend du plaisir et gagne en maestro) depuis mars, soit 5 mois (il avait certes remporté en juin la Route d'Occitanie mais sans briller particulièrement). "Sur le Tour, je n'ai pas trouvé les sensations que je recherchais, mes jambes n'étaient pas excellentes. J'ai l'impression maintenant d'avoir enfin la forme que je cherchais" a-t-il confié tout à l'heure.
...il n'avait plus levé les bras sur la Vuelta depuis 2015 ! Une hérésie pour un coureur qui avait jusque là levé les bras sur 7 éditions sur 11 disputées (les exceptions étant son 1er Grand Tour en 2002, sa Vuelta victorieuse en 2009, l'édition 2013, et celle de 2016 qui constituait son 3e Grand Tour de la saison). Comme il l'a dit tout à l'heure: "le Giro et le Tour sont deux courses que j'aime, mais la Vuelta encore plus : je suis espagnol et j'aime gagner sur la Vuelta".
C'est la 120e victoire de sa carrière et sa 97e sous les ordres d'Unzue, ce qui le place à égalité avec Indurain d'après le décompte officiel de l'équipe.
Et maintenant ?
Eh bien d'abord, avant tout, la joie. Pas seulement de cette victoire mais surtout de ce qu'elle signifie et ouvre comme perspectives. Alejandro revient bien en forme et cela fait vraiment du bien à voir, tout autant que cela rassure et rend optimiste pour le reste de la saison. Il met cette réussite sur le compte du "repos et de l'entraînement" qui ont "fait partir la souffrance du Tour" - il confirme donc lui-même qu'il n'était pas bien en juillet. Après le Tour, il est allé en famille à Ibiza puis à Torrevieja (d'où partira la Vuelta 2019), près de chez lui, sur la Costa Blanca, où il a alterné sorties avec des amis cyclotouristes et plage en famille.
Ensuite, se pose la question du général. J'ai bien aimé la façon dont Alejandro, 2e du général ce soir, a présenté les choses après l'arrivée, interrogé sur ses ambitions : "je ne me battrai pas pour une 8e place, mais tant que je suis dans les 3 premiers je me battrai pour tout" (sous entendu victoire finale comprise). Comme je l'écrivais avant cette Vuelta, c'est probablement sa dernière chance de remporter un Grand Tour tout autant que sa dernière chance de remporter le Mondial. Dans ces conditions, toute opportunité sérieuse de remporter l'un ou l'autre doit être saisie.
L'étape du jour a éclairci la situation au général : on a la confirmation, comme pressenti, que ni Porte, ni Nibali, ni Adam Yates ne sont des prétendants sérieux à la victoire finale - ce qui enlève beaucoup de monde vu le plateau ! La Movistar est donc pour moi l'équipe à battre sur cette Vuelta, que ce soit avec Quintana ou Valverde (mais il faut reconnaître que Quintana a un boulevard devant lui), et Simon Yates, Lopez et Aru leurs trois principaux rivaux (même si Lopez a perdu du temps, ce qui n'est pas bon signe pour lui). Tout indique que Kelderman également sera très bien placé au général mais le voir s'imposer au classement final signifierait surtout que la Movistar a failli.
De la même façon que je faisais de Bernal et Roglic les deux coureurs "mystères" au départ du Tour, Kwiatkowski et Valverde, aujourd'hui 1er et 2e du général, constituent sur cette Vuelta deux inconnues capables de bousculer la donne. Aucun des deux n'était, ou n'est, leader de son équipe respective au départ de cette Vuelta (puisque De la Cruz mène Sky). Et pourtant, les deux ne seront pas forcément faciles à déloger. Comme lorsque Thomas avait pris le maillot de leader sur le Tour, tant qu'ils ne seront pas délogés il faudra les considérer comme faisant partie de la courte liste des favoris. Alejandro est clair : il ira "au jour le jour : je ne me sens pas mal, mais on est encore loin de pouvoir dire que je vais gagner la Vuelta. Quintana ne se sent pas mal non plus, il se sent bien. Si je me sens [capable de gagner] je continuerai [à lutter pour], mais sinon je me laisserai aller (sic) en pensant au Mondial".
Avec ce succès, il a "sauvé déjà 80%" de sa participation à cette Vuelta, d'après ses mots. Mais l'appétit vient en mangeant : il parle de "première victoire pour le moment", ce qui veut tout dire. Et cite lui-même l'étape de mardi où il voit "10 à 15 coureurs" dans le coup pour la gagne et où il espère "défendre ses chances" !

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