Je serai absent (sans connexion Internet) à partir de lundi et jusqu'au 1er mars, soit pendant l'UAE Tour. En amont, il me semblait utile de revenir ici sur les 1res courses 2019 d'Alejandro...
Le temps de la reprise est désormais définitivement derrière nous. Majorque, Valence, Murcie : la séquence s'achève sans qu'Alejandro n'ait encore levé les bras. Nous voilà un peu déboussolés, nous qui sommes habitués à des débuts de saison souvent retentissants.
Arrêtons-nous d'abord sur le constat puisque celui-ci ne fait déjà pas forcément consensus.
Alejandro n'a pas montré un niveau impressionnant en ce début de saison. S'il a - à mon avis - surtout laissé la victoire à Luis Leon Sanchez sur le Tour de Murcie, il s'est fait bel et bien battre à la pédale par A.Yates à Valence, quand bien même son placement n'a pas aidé. Le Valverde supersonique de d'habitude aurait déjà levé les bras cette année.
Cela étant dit, n'exagérons pas non plus la situation : au vu des parcours qui se sont présentés à lui, et au vu de sa relative solitude face à des rivaux bien organisés collectivement (Astana notamment), même en excellente forme il n'aurait probablement pas glané beaucoup de bouquets.
Un peu de contexte, ensuite. Au risque de répéter plusieurs commentaires déjà faits ces dernières semaines, rappelons deux choses :
1. L'an dernier, Alejandro avait déclaré lui-même que son absence de victoires sur les ardennaises avait tenu en partie à un problème de pic de forme. Il était arrivé en forme trop tôt, après ses 7 mois d'absence. Il a certainement retenu la leçon cette année.
2. Ses mois de récupération post-blessure l'avait conduit à effectuer un travail musculaire qui l'avait certainement aidé à revenir d'emblée très fort en 2018. Cette année, puisqu'il n'a pas eu à effectuer à nouveau tout ce travail, il ne bénéficie pas de cet apport.
La question qui se pose aujourd'hui est : son niveau actuel, qui est bon mais qui ne semble pas aussi excellent que d'autres années à la même période, résulte-t-il bien d'une stratégie de sa part pour arriver en forme un peu plus tard que d'habitude ?
Cela serait complètement logique non seulement au vu de son analyse de l'an dernier, mais aussi et surtout parce qu'il fera le Giro en mai sans alléger son programme avant.
Certaines petites choses peuvent néanmoins faire douter.
Par exemple, les multiples sollicitations qu'il a reçues après son titre Mondial ne l'ont-elles pas perturbé dans sa préparation ?
Surtout, d'habitude, Alejandro n'est vraiment du genre à planifier des stratégies le conduisant à renoncer à un bon état de forme à un instant T.
Coïncidence : un témoignage anonyme d'un de ses coéquipiers est paru sur un site espagnol ce vendredi et abonde justement en ce sens. Ce coéquipier raconte :
"Alejandro est incorrigible. Il ne sait pas faire un entraînement systématique et scientifique. Une fois, en revenant de longues vacances, il a repris le vélo dès le 1er jour et nous a mis une rouste alors même qu'on avait bien plus de km d'entraînement dans les jambes que lui. Rouler tranquillement ne va pas avec sa personnalité. Pour lui, s'entraîner signifie sortir avec son groupe d'entraînement et ne pas s'arrêter jusqu'à qu'il puisse battre tout le monde plusieurs fois chaque jour".
"Est-ce que c'est mal ? Ca a son côté négatif, clairement. Par exemple, être autant lié à son groupe de Murcie fait qu'il a du mal dans les cols de plus de 2000 mètres, puisque c'est quelque chose qu'il ne travaille pas à domicile. Surtout, il le paie lors des courses où il y a une vitesse moyenne très élevée, sans changements de rythme. Alejandro ne s'entraîne jamais ainsi. Lui s'entraîne avec des attaques et des arrêts constants. C'est pour ça que le pire pour Alejandro, c'est quand il y a une vitesse élevée constante durant beaucoup de kilomètres."
"Mais ça a aussi son côté positif. Si on y réfléchit et si on regarde les dizaines de cas pour comparer, personne ne peut suivre un entraînement comme celui des Sky jusqu'à 38 ans. Ce type d'exigence physique et psychologique, de pression dans les entraînements, de stages en altitude dès novembre, de préparation hyperprofessionnelle...permet une amélioration de rendement à court terme - c'est indiscutable - mais il laisse aussi des traces en termes de fatigue mentale. Tout ça, Alejandro l'a évité. Il n'a jamais vécu ce stress. Peut-être qu'avec une autre méthode d'entraînement, il aurait pu être encore meilleur. Mais il n'aurait alors pas son niveau actuel [à son âge]. En blaguant, on avait toujours pensé qu'Alejandro serait un jour champion du monde en catégorie "master30". Mais maintenant on voit qu'il ne va pas raccrocher avant d'atteindre 40 ans".
Je ne cite pas ici ce témoignage pour remettre en question sa méthode d'entraînement : non seulement Alejandro est comme il est et ne changera pas, mais surtout, c'est cette méthode, faite avant tout de plaisirs, qui lui permet d'être aussi bon depuis tant d'années. En revanche, le témoignage confirme l'intuition selon laquelle qu'Alejandro n'est habituellement pas du genre à planifier des stratégies de pic de forme extrêmement scientifiques.
Deux remarques pour terminer :
1. Il n'y a pas que le temps de la reprise qui est fini : c'est aussi le cas du temps des courses Continental. Sa prochaine course - l'UAE Tour - sera sa 1ere course World Tour de l'année, et il ne fera ensuite que les enchaîner. On arrive maintenant dans le temps de courses qui seront soient révélatrices (Abu Dhabi, Catalogne, A travers les Flandres), soit des objectifs en soi (Strade Bianche, Ronde, ardennaises). A Abu Dhabi, Alejandro ne pourra pas se cacher : on connaîtra son niveau réel à fin février face aux meilleurs mondiaux. S'il n'est pas très fort à Abu Dhabi, il sera difficile de l'imaginer vainqueur sur les Strade Bianche une semaine après. Même réflexion pour la suite : la Catalogne sera un excellent test. S'il n'y est pas très fort, il sera difficile de croire en des miracles pour le Tour des Flandres une semaine après. Evidemment, je schématise - les choses sont un peu plus compliquées que cela (différent type de courses, etc.) - mais l'idée est là.
2. Chacun en conviendra : notre étonnement, voire agacement, face à l'absence de victoire d'Alejandro pour le moment, tient en grande partie à notre habitude de le voir briller chaque année tôt dans la saison. Cette réaction naturelle est celle de supporters gâtés pendant de multiples années, il faut le reconnaître. Soyons patients. Mars et avril arrivent rapidement. Le meilleur devrait commencer !
Pour conclure : de mon point de vue il n'y a aujourd'hui pas lieu de s'inquiéter outre mesure, même s'il est normal de se poser quelques questions. L'UAE Tour, et surtout les courses qu'il disputera en mars, seront nettement plus cruciales en termes de signal. Quand Alejandro aura retrouvé le chemin du succès, ce début de saison - qui reste d'ailleurs très correct : sur ses douze résultats depuis sa reprise, il a obtenu dix top 10, huit top 5, cinq podiums - sera vite oublié.
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