Je vous avais laissé mi-février sur une interrogation autour de la forme d'Alejandro, qui se concluait notamment ainsi : "A Abu Dhabi, Alejandro ne pourra pas se cacher : on connaîtra son niveau réel à fin février face aux meilleurs mondiaux. (...) L'UAE Tour, et surtout les courses qu'il disputera en mars, seront nettement plus cruciales en termes de signal."
A la fin de ce UAE Tour, il est donc temps de faire un premier bilan, en deux points qui forment un tout ambivalent :
1/ En termes de résultats, 2e du UAE Tour avec une victoire d'étape est un très bon bilan au vu du plateau.
Ce n'est plus Majorque, Valence ni Murcie : c'est une course World Tour avec la présence des meilleurs mondiaux (y compris ceux qui ont été transparents et dont on n'a donc pas entendu parler cette semaine : Nibali, Kwiatkowski, Porte, Moscon...). Alejandro est battu par l'un des coureurs les plus forts du peloton : Roglic, toujours aussi impressionnant. Et Gaudu a manifestement passé un cap important cette saison (c'est d'ailleurs une vraie satisfaction de le voir à ce niveau, lui qui n'avait pas grand chose à envier à Bernal chez les jeunes).
Jabel Hafeet était l'arrivée la plus importante de la semaine à mes yeux, car c'était celle qui lui correspondait le mieux. Qu'Alejandro s'y soit une nouvelle fois imposé - qui-plus-est pour sa 1re victoire de la saison, et en arc-en-ciel - est une grande satisfaction. Ce n'était pas gagné du tout au vu du Tour de Valence où A.Yates l'avait battu.
Sébastien L a du reste bien raconté et analysé la maîtrise impressionnante d'Alejandro qui l'a amené à lever les bras :
"Sur le résumé vidéo du final, de l'équipe, on voit vraiment qu'il maîtrise tout, il est en "hyper éveil".
1. Quand il voit l'écart à 18'', aux 3 km, il dépose le groupe où il évoluait (Groupe Dumoulin, Kwiatko) pour se caler derrière la grande carcasse de Zakarin et Modolo (qui ne roulera pas, car Buchmann devant).
2. Quand Gaudu en met une à 2.5 km de l'arrivée, il porte son 2ème effort, car il y a un petit replat juste 300 m plus loin et il sait qu'il va pouvoir bénéficier d'un plus gros pourcentage de récupération dans la roue. Il se trouve que D Martin sert de relais efficacement, mais vu à la vitesse à laquelle il rentre sur lui, il aurait pu rentrer directement sur le groupe Gaudu/Roglic.
3. Le 3ème effort : UN CHEF D'OEUVRE : avant la flamme rouge, il arrive à déceler un léger flux portant d'air, qui se voit parfaitement sur les baches publicitaires le long des barrières à sa gauche, c'est incroyable, il est vraiment parfaitement dans le flux d'air, ET il dose son effort pour rentrer le groupe de tête lorsqu'il est dans une zone d'ombre de la montagne, pour ne pas que les autres voient son ombre, et donc sa présence tout de suite. Il se remet à l'abri. Le ptiot Gaudu a rien vu, si bien que lorsque Roglic se décale subitement sur la gauche à 800 m de la ligne, Gaudu épouse le mouvement et manque de peu de mettre Alejandro au sol, il a failli refaire une Gaudu/Lopez de Milan - Turin 2018 (faut qu'il fasse gaffe quand même !!). Alejandro évite de toucher la roue et réagissant comme une sardine au milieu d'un banc de sardine, incroyable comme il épouse le mouvement des autres. Buchman voit une ouverture, il en met une, Ale réagit INSTANTANÉMENT. La fin, on connait."
L'étape d'hier, elle, lui correspondait d'emblée moins bien, ce qu'Otxoaj avait intelligemment relevé le matin même : "la montée finale, 20 km à 5%, avec peu de changements de pente, est clairement favorable aux grimpeurs avec un gros moteur. A ce titre Roglic [finalement 1er] ou Dumoulin [2e] me semblent plus favoris que notre champion". Cela étant dit, Alejandro ayant réussi à tenir leur roue jusqu'au sprint, on pouvait s'attendre à un meilleur résultat.
2/ Ce UAE Tour n'a pas levé toutes les interrogations sur sa forme.
Hier, il s'est retrouvé scotché à la route au moment du sprint, phénomène rare qui aurait été objectivement assez inquiétant s'il ne nous avait pas appris ensuite qu'il avait souffert d'"un peu de fièvre" la nuit précédente.
Mais au-delà de l'arrivée d'hier, Alejandro le reconnaît lui-même : "Le niveau que j'ai montré sur toute la course est bon, mais il me manque encore l'étincelle."
Sa victoire à Jabel Hafeet, acquise grâce à une science de la course impressionnante et à son talent naturel de puncheur/sprinter, n'a pas levé toutes les interrogations sur sa forme. Comme l'écrit Frédéric en réponse à l'analyse ci-dessus de Sébastien, "on peut avoir deux conclusions :
- il ne sentait pas si fort que ça et a voulu éviter un surrégime et n'a donc pas suivi les meilleurs.
- il se sentait fort au point de laisser les premiers "s'agiter" tout en les gardant à l’œil, sachant qu'il allait les avaler en deux "petits sprints"."
Il faudra donc attendre encore une semaine, sur les Strade Bianche, pour être plus au clair.
Mais plus qu'un excellent test, les Strade Bianche constitueront le premier grand rendez-vous de sa saison. Sagan, Bardet et Kwiatkowski en seront absents, mais parmi les premiers noms annoncés figurent Alaphilippe (qui en fait un vrai objectif et qui a montré une belle forme en ce début de saison), Stybar (2e en 2016), Benoot (dernier vainqueur), Van Avermaet (2e en 2017 et 2015), Wellens (3e en 2017 et en très bonne condition actuellement), Moscon, et Van Aert (3e en 2018) dont on suivra la reprise aujourd'hui sur le Het Nieuwsblad.
A l'heure actuelle, Alejandro n'est pas encore dans sa meilleure forme. Ce n'est pas plus mal puisque ses objectifs sont dans plus d'un mois et demi (la semaine des ardennaises étant celle du 21 au 28 avril) et qu'il avait justement été en forme trop tôt l'an dernier. Il reste à voir si sa condition actuelle peut lui permettre de remporter une course aussi exigeante que les Strade Bianche. Je pense que oui (et rappelons-nous que l'an dernier pile à la même période il était tombé malade, ce qui ne l'avait pas empêché d'être éblouissant quelques jours plus tard en Italie)...mais il y a du suspens !
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