La Vuelta commence ce samedi. Il y a clairement de quoi être enthousiaste, pour ne pas dire excité, à l'idée de voir Alejandro sur son Grand Tour préféré - peut-être plus encore que d'autres années, et pas seulement parce qu'il portera le dossard n°1. Sébastien L a présenté un certain nombre d'arguments en ce sens dans un commentaire aujourd'hui (merci pour cette analyse) :
"J'ai examiné chacune des 15 dernières sorties d'Alejandro. Il en ressort qu'il a pleinement conscience que la Vuelta 2019 lui convient vraiment bien. Que l'opportunité est exceptionnelle. Que c'est le GT dont la dernière semaine est la plus "light" en haute montagne depuis longtemps. Il a beaucoup travaillé.
Il a fait beaucoup de sorties comportant environ 1 heure d’échauffement progressif sur des parties planes avant de multiplier les efforts dans des bosses courtes, de 1.5 à 3 km environ. Puis 0.5 heure de tempo dynamique sur le plat avant de finir à 0.5 h relax sur le plat. Beaucoup de sorties se ressemblent.
Aucun travail en haute montagne n'a été effectué. Alejandro doit estimer que les efforts accomplis en Occitanie, puis sur le Tour et la Classica lui suffiront. Par ailleurs, cette Vuelta ne fera que de rares excursions très haut en altitude.
Alejandro doit avoir conscience que le match sera serré et que les bonifs vaudront leur pesant d'or.
Sa préparation est celle d'un puncheur. Il va décocher de belles flèches sur certaines étapes.
Il n'y a pas de sorties longues. Le Tour constituera la base foncière.
Clairement, Alejandro a du ressentir que son jump lui a fait défaut cette année, et il a axé son travail ces dernières semaines là dessus."
Parcours
La particularité de cette Vuelta est effectivement qu'au contraire de la majorité des Grands Tours aujourd'hui, la 3e semaine n'est pas aussi redoutable que d'habitude. Plus exactement, l'essentiel pourrait être joué au soir de la 16e étape, juste avant la seconde journée de repos.
La première arrivée au sommet intervient dès la 5e étape avec une ascension difficile, idéale pour puncheurs/grimpeurs, arrivant sous les 2000m d'altitude. Le surlendemain, la 7e étape propose une côte finale courte (4km) mais très pentue. Le surlendemain encore, la 9e étape, à la veille de la première journée de repos, sera le morceau le plus important de cette première partie de Vuelta, et l'une des étapes clefs de l'épreuve. Comme l'écrit Sébastien, elle "ressemble un peu à l'ultime étape de la Vuelta 2018 où Alejandro a sauté du podium l'an dernier". "Le fait de positionner une étape de ce type en guise de 9ème étape plutôt qu'en fin de Vuelta est plus avantageux pour Alejandro, car en cas de sale journée, cela lui laisse presque 2 semaines pour rattraper le coup ou bénéficier d'une marge supplémentaire)."
Un enjeu important sera le placement d'Alejandro au général par rapport au reste de la Movistar au fil de l'épreuve. De sa place au général au soir de la 9e étape dépendra le reste de sa Vuelta. S'il est encore dans le coup pour le général, il est probable qu'il ne lâchera plus le morceau, sauf vraie défaillance ensuite. S'il devance Quintana, Carapaz et Soler au soir de cette 9e étape, il pourra légitimement prétendre au soutien clair de l'équipe pour le reste de l'épreuve.
Le moment clef suivant (outre le chrono de 36 km sur la 10e étape, sinueux mais peu vallonné sur le papier, qui sera important pour le général) sera la 13e étape, avec une arrivée de 7km très pentue faisant suite à une étape exigeante (quatre côtes, deux cols).
Puis les 15e et 16e étapes achèveront les coureurs avec une succession de cols de première catégorie suivis d'ascensions finales difficiles là encore. Il est probable que le vainqueur de la Vuelta brillera sur ces deux arrivées, voire s'imposera sur au moins l'une d'entre elles.
Il restera alors deux étapes difficiles : la 18e avec pas moins de quatre cols de 1re catégorie autour des 1800m d'altitude (mais pas d'arrivée au sommet), et la 20e, exigeante (pas un mètre de plat sur 180 km !) mais qui manque d'un grand col capable de renverser la course (...sauf si le leader est vraiment fatigué...).
Voilà pour les étapes clefs pour le général (voir l'ensemble des profils d'étapes). Pour le reste, d'autres arrivées peuvent sourire à Alejandro : la 6e, la 12e, et le beau final de la 19e (1 km de côte pavée dans Tolède). Rappelons que chaque étape en ligne offrira 10, 6 et 4 secondes de bonifications aux 3 premiers...
Ambitions
Ce topo effectué, la question est de savoir à quoi peut prétendre Alejandro sur cette Vuelta. Quelles peuvent être ses ambitions (...et nos ambitions pour lui) ?
Il se trouve que l'opportunité - de podium, voire mieux, à condition que certaines planètes soient alignées - est belle.
D'une part, Alejandro ne semble pas avoir terminé le Tour trop fatigué si l'on en croit sa prestation sur le final de la dernière étape de montagne (...même si son style sur la San Sébastian était, cela dit, bien moins aérien).
D'autre part, le plateau, il faut le reconnaître, est peu relevé hormis Roglic, qui n'a lui-même encore jamais fait mieux qu'une 3e place sur un Grand Tour. Roglic est mon favori - il a toutes les qualités pour l'emporter, et je crois qu'il a appris de son erreur du Giro où il en avait trop fait de février à avril - mais reste un favori par défaut. Hormis Roglic, les favoris des bookmakers s'appellent Miguel Angel Lopez dont le niveau est assez inconstant - mais le voir s'imposer ne surprendrait pas grand monde -, Kruisjwick qui a obtenu son premier podium de Grand Tour le mois dernier (il aura fallu qu'il attende sa 16e participation à un GT !) mais qui devrait se mettre au service de Roglic, et...les coéquipiers d'Alejandro, Carapaz et Quintana.
Quintana n'a pas donné de signes depuis le Giro 2017 de sa capacité à remporter un nouveau Grand Tour. Son nouvel échec sur le Tour cette année a conforté l'idée qu'il est en déclin net. Pour autant gardons tout de même à l'esprit qu'il a terminé dans les mêmes eaux qu'Alejandro.
Concernant Carapaz, il reste encore à voir s'il est capable de confirmer son niveau impressionnant du Giro sur un autre Grand Tour, ou s'il est surtout un coureur de Giro comme ont pu l'être d'autres grimpeurs par le passé.
Citons aussi la présence de Fuglsang (mais il n'a jamais rien montré sur les Grands Tours), et les participations de Pogacar et Higuita, qui seront très suivis mais qui devraient être encore trop tendre pour la gagne (...ce qui n'empêche pas de les voir batailler).
In fine, il est tout à fait envisageable qu'Alejandro soit dans le coup pour le général. Une victoire me parait difficile (terrasser les Jumbo est un vrai défi), mais pas impossible grâce à ce parcours moins décisif en 3e semaine par rapport à l'an dernier.
Ce que je souhaite surtout est qu'il puisse donner sa pleine mesure. Que ce soit pour la bataille du général que pour les victoires d'étapes, si tel est l'objectif qu'il se fixe en cours d'épreuve. Pour le reste, on verra bien. Je n'oublie pas que la saison ne s'arrête pas à cette Vuelta, et qu'il s'agira ensuite de défendre son titre Mondial sur un parcours certes moins difficile que l'an dernier mais où ses chances ne sont pas non plus nulles, sans parler du Tour de Lombardie...Assurément, il reste encore largement de quoi faire. Cela étant, ne nous mentons pas : cette Vuelta est probablement la dernière occasion pour nous de savourer sa présence dans le peloton avec son maillot arc-en-ciel ; dès lors, à nous aussi de profiter.
L'équipe Movistar sur cette Vuelta : Alejandro Valverde, Nairo Quintana, Richard Carapaz, Marc Soler, Imanol Erviti, Nelson Oliveira, Jorge Arcas et Antonio Pedrero
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