Challenge de Majorque, Tour de Valence, Tour de Murcie, UAE Tour ou Ruta del Sol, Tour de Catalogne, Amstel Gold Race, Flèche Wallonne, Liège Bastogne Liège, éventuellement la Route du Sud, Tour de France, course en ligne des JO, Tour d'Espagne, Mondial : voici le calendrier d'Alejandro Valverde la saison prochaine, tel qu'il vient de l'annoncer au journaliste Dioni García pour les médias La Opinion de Murcia et La Provincia.
Alejandro ("sans un gramme de gras, comme toujours", indique le journaliste) a livré cette confidence à l'occasion d'un grand entretien organisé dans un hôtel de Murcie (vidéo), entre deux déplacements : il revenait d'une semaine de vacances à New York en famille, "encore sous les effets du décalage horaire", et s'apprêtait à refaire ses valises pour le rassemblement de pré-saison de la Movistar.
En voici une traduction - synthèse, avec les passages qui me semblent les plus importants en surligné. J'en ai profité pour inclure quelques belles images des derniers mois...:
Sur sa saison 2019 : était-elle particulièrement longue ?
"Non, elle était équivalente, plus ou moins similaire aux autres. Je dirais presque qu'avant les saisons me semblaient plus longues et que je désirais qu'elles se terminent pour pouvoir me reposer."
-"[Concernant la fin de saison] je savais que j'allais courir en Italie puisque j'allais être en Lombardie, mais ce qu'il s'est passé est que j'ai décidé de m'aligner sur les courses précédentes. En tout cas, je n'ai pas terminé [la saison] très fatigué."
Sur le Mondial 2019 :
-"Je savais en avance que ce n'était pas un Mondial pour moi, mais je devais y aller et voir comment il était. Quand nous sommes arrivés le jeudi et que nous sommes allés reconnaître le circuit le vendredi, je me suis dit qu'il n'était pas pour moi. Même le jour où je me suis entraîné sur le parcours le temps était terrible. A partir de là, j'ai su que c'était impossible."
-"Ce n'est pas que le parcours était dangereux, mais il n'était pas difficile, et la difficulté qu'il y avait a été supprimée parce qu'on ne pouvait pas passer [à ces endroits-là]. La course a été dure en raison de la météo [plus que du parcours]. Ce n'était pas une course pour moi : elle convenait aux coureurs plus résistants à cette météo."
-"...Mais pour moi ce Mondial n'était pas un objectif. Je voulais bien figurer, mais ce n'était pas un objectif. Le Mondial était un objectif l'année précédente, quand je l'ai atteint - je l'avais alors en tête depuis un an. Mais le Mondial de cette année était seulement dur à moitié pour moi [dans son tracé]".

Les célébrations post-Mondial 2018 étaient-elles excessives ? L'ont-elles déconcentré ?
"C'est clair que je savais que ça allait être difficile avec tout ce qu'implique d'être champion du monde : les événements, ne pas pouvoir bien s'entraîner...Et le maillot pèse, puisque si j'étais déjà surveillé avant, ensuite ça allait être le triple, et c'est ce qu'il s'est passé. Ca a été une année compliquée mais j'ai pris beaucoup, beaucoup de plaisir. Etre champion du monde, personne ne pourra plus me l'enlever."
Sur ses 2e places en 2019. Les a-t-il compté ?
"Oui, 14 ou 15. Ce chiffre veut dire que je n'ai pas eu autant de victoires que les années précédentes, mais que j'en étais proche et en bonne forme. J'ai fini avec 5 ou 6 victoires et 14 ou 15 deuxièmes places. Ca n'a pas été une année avec autant de succès qu'en 2018 mais elle reste bonne pour autant."
Quand le poids du maillot arc-en-ciel l'a-t-il quitté ?
"Après les classiques, après Liège, quand j'ai connu la chute. A partir de là je me suis reposé et j'ai commencé à bien m'entraîner, et tout fût différent, le maillot me pesait moins car j'avais déjà surmonté l'apprentissage du port de ce maillot, et les meilleurs résultats ont commencé à venir, comme la victoire sur la Route d'Occitanie, puis sur le Tour avec beaucoup de 2e places. A posteriori sur la Vuelta tout ceci s'est confirmé."
Sur la Vuelta
-(Y a-t-il eu un moment où il a pensé pouvoir battre Roglic ?) "Non, je savais qu'il était supérieur. Ca se voyait. Il était très fort, il n'était en difficulté sur aucun terrain : c'était donc très difficile [de le battre]."

-Le journaliste revient dans l'entretien sur des épisodes polémiques de la Vuelta (étape de Peña Ñegra, et énervement de Lopez) - à lire dans l'article en espagnol pour les intéressés (en anglais ici).
-"Ca a été une Vuelta très tendue, on aurait dit un Tour, mais elle a été très belle pour le public."
Sur la Movistar version 2020
"L'équipe change énormément, un grand nombre de jeunes coureurs arrivent, ça change beaucoup. Désormais il y a les jeunes comme Marc Soler, qui a déjà montré de bons résultats et dont on sait qu'il peut faire de très bonnes choses, Enric Mas, qui arrive avec beaucoup d'envie et d'espoirs et qui a l'avenir devant lui, et des jeunes gens d'ailleurs qu'il faudra former."
-"Désormais oui je vais être le vétéran, totalement, mais non ce n'est pas plus de responsabilité. Désormais je ne porte plus, moi, la responsabilité : c'est Marc Soler, Enric Mas et les jeunes qui l'ont. Moi j'essaierai de les guider du mieux possible."
Sur la transition Tour - JO en 2020
"C'est assez risqué à cause du peu de temps qu'il y a entre les deux courses, et des neuf heures de différence entre la France et Tokyo. Mais bon, durant le Tour on verra ce qu'on fait, si je le termine ou ce qu'on fait sinon. Les gens qui s'y connaissent un peu savent que si on termine le Tour, arriver [en forme] aux JO est très compliqué."
-(Le journaliste l'interroge alors : "mais d'autres fois on t'a entendu dire la même chose et finalement tu as terminé la Vuelta par exemple, avant d'aller à un Mondial").
"Mais c'est totalement différent. Dans ces cas-là on a 2 semaines de différence et pratiquement sans décalage horaires - et même s'il y en a, on peut récupérer. Mais ici on termine un dimanche et le samedi suivant sont les JO."
-(Le journaliste insiste alors : "Je comprends que durant le Tour tu décideras quand tu arrêteras")
"Exactement, je déciderai du jour où j'abandonnerai, c'est clair."
Pourquoi ne pas avoir choisi le Giro
"Parce que le Giro est trop loin [des JO]. Ca nécessiterait d'arriver en forme pour le Giro puis de se reposer. C'est mieux d'atteindre un bon pic de forme, faire un bon Tour durant le temps que j'y serai, et ensuite de se tourner vers les JO. Sauf si je deviens leader du Tour et que je n'abandonne pas, mais je ne crois pas que ce sera le cas."
Sur le parcours de Tokyo : ira-t-il avant pour le reconnaître ?
"Non. Je pensais y aller à l'occasion du Criterium de Saitama, comme d'autres rivaux et coéquipiers [mais il a été finalement forfait], mais si j'y vais 6, 7 ou 8 jours avant l'épreuve, j'aurai le temps de reconnaître le circuit et de faire des choses là-bas."
Sur sa motivation pour les JO
"Plus que de participer, c'est être champion olympique qui me fait rêver. Concourir pour mes 5e JO, c'est bien parce que c'est clair que pour un sportif c'est beaucoup, mais si j'obtiens l'or ce serait génial. Etre champion olympique serait phénoménal."
N'est-il pas maintenant fatigué de passer autant de temps hors de chez lui tous les années ?
"En fin de compte on s'habitue à ce rythme. Quand la saison commence, partir à nouveau est difficile - c'est là où ça se ressent le plus - mais quand les choses ont commencé c'est ensuite comme une routine, c'est plus facile."
Craint-il la fin de sa carrière ?
"Oui, on sait qu'ensuite, quand on s'arrête, ça va être dur, ça va être difficile, pero esto son épocas de todo, y la etapa que me voy a tirar en el campo profesional va a ser muy larga [pas sûr de savoir bien traduire ce bout], mais il faut qu'il y ait de tout, dont des périodes pour profiter de la famille."
Sur ses entraînements à Murcie avec son groupe historique
"On continue tous les jours, chaque fois qu'ils peuvent aller rouler, mais ça fait partie de mon entraînement. Mon entraînement est ainsi. Quand je dois rouler plus tranquillement, je le fais, mais quand il faut rouler vite, on est offensifs les uns envers les autres, comme quand on était amateurs."
Sur l'intersaison
-"Les entraînements d'intersaison n'ont pas changé. Ce que j'ai plus espacé ce sont les moments de repos. Cet hiver je me suis arrêté une semaine, j'ai repris l'entraînement puis je me suis reposé une autre semaine entière. Au lieu de faire ce repos en entier, je l'ai fait cette fois-ci en deux phases."
-["Avec l'âge, s'arrêter et repartir est plus difficile", commente le journaliste]
"Je crois que oui. Comme je l'ai dit, avant l'année me paraissait plus longue et j'étais dans l'attente de me reposer. En hiver je pouvais aller jusqu'à 25 jours sans toucher au vélo, mais désormais je ne peux plus, le corps me l'en empêche et je dois reprendre l'entraînement plus tôt."
-["Je vois que tu ne commences pas à te sentir âgé", lui dit le journaliste]
"Pour le moment non, mais quand la saison va commencer je te dirai ça."
Sur la Valverde Team
"Ca me fait plaisir de rendre au cyclisme ce qu'il m'a donné. C'est quelque chose d'important. Avoir la Valverde Team, qui continue de croître, me plait. On a commencé avec les petits et les cadets, ensuite est arrivée l'équipe junior et l'équipe moins de 23 ans, et désormais il y a aussi les filles. C'est pour moi une fierté et il faut essayer de garder ça et d'aider au maximum. On a maintenant une grande infrastructure et les enfants dans nos équipes sont nombreux. Il faut aussi remercier Terra Fecundis [sponsor] et tous les sponsors qui soutiennent le projet."
Sur son témoignage à propos de sa dépression
"Je ne l'avais jamais raconté parce que le cas ne s'était pas présenté et que je n'avais pas spécialement l'envie de le faire, mais dans cet entretien le cas s'est présenté et je me suis ouvert, je l'ai raconté, surtout pour que les gens voient que tout n'est pas joie, victoire et bonheur, que nous sommes humains et qu'on a nos moments de moins bien même quand tout paraît bien aller en façade. [De fait] beaucoup de gens se sont reconnus dans ce témoignage [et l'ont remercié, dit-il]."

Et aussi :
-"J'ai bien sûr encore le virus du vélo avant chaque course : quand je le perdrai il faudra que j'arrête ma carrière."
-[A la question : "Tu n'as jamais été un coureur égoïste, mais aujourd'hui encore moins ?"]
"C'est possible, oui. J'aime gagner, mais j'aime aussi aider mes coéquipiers à gagner, et faire un peu de tout."
-[A la question : "Sur la Vuelta tu as pu voir que le public t'aime plus que jamais. Te sens-tu aujourd'hui plus aimé ?"]
"Oui, je me suis toujours senti aimé, mais peut-être qu'aujourd'hui je me sens plus reconnu au niveau mondial, pas seulement en Espagne."

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