Alejandro a donné une interview très intéressante à Marca, dont voici la traduction. J'ai mis en rouge les passages qui me semblent les plus marquants ! Une interview idéale pour comprendre son état d'esprit, à maintenant 48h du départ.
De toutes tes victoires cette saison, si tu devais n’en garder qu’une, laquelle choisirais-tu ?
La Flèche Wallonne. C’est une grande classique, avec une arrivée difficile. Il faut être très en jambes pour la gagner. Cette année j’avais les jambes et j’ai obtenu une grande victoire. L’Amstel continue de me résister, je ne sais pas pourquoi elle me résiste tant. J’ai été 2e, 3e et 4e. Cette année, Gilbert allait comme un bolide, il était plus fort que moi sur cette course.
Le chrono du championnat d’Espagne avait tout du test pour l’étape de Bergerac, l’avant dernière du Tour.
Bien sûr. Et c’est pour cette raison que j’ai choisi de le disputer : pour voir mes sensations et tester la position que j’utilise quand je m’entraîne à la maison. Tout est bon, il n’y a rien à changer.
Ce chrono était-il plus dur que celui du Tour ?
Mmmm…Pour moi celui du Tour l’est un peu plus. En pratique, il n’y a presque aucune portion plate (voir profil : http://www.letour.fr/PHOTOS/TDF/2014/2000/PROFIL.png). C’est toujours un peu en descente ou en montée, et ensuite sur la partie finale, il y a une bosse d’un peu plus d’1km à 8%.
L’important sera d’arriver en forme pour ce chrono.
Exactement, on aura la marque des 3 semaines du Tour. Si on est 15e du général au départ du chrono, ça ne sert pas à grand chose de s’en préoccuper.
Et si tu arrives avec 2mn d’avance ? Tu gagnerais le Tour ?
Il y aurait de bonnes chances, clairement.
Si quelqu’un veut savoir à quel point le Tour est dur, qu’il le demande à toi. Mais tu as aussi de très bons souvenirs.
Mon 1er souvenir et le meilleur est celui de 2005, quand j’ai battu Armstrong à Courchevel. Ensuite reste le mauvais souvenir de m’être vu obligé d’abandonner pour un genou qui me faisait beaucoup souffrir. J’étais 5e du général.
Ta pire journée sur le Tour ?
L’an dernier, parce que ce fut la fois où j’ai été le plus près d’obtenir une place sur le podium. Et ce fut dû à un élément extérieur à moi : une chute devant moi m’a obligé à freiner, et un coureur m’a percuté par derrière ce qui a cassé ma roue. C’était une étape, et un moment, où la tension était maximale. Il y avait une cassure et moi j’étais dans le groupe de devant, je n’étais absolument pas piégé. Une rage terrible.
Il t’arrive toujours quelque chose.
C’est vrai que sur le Tour il y a toujours quelque chose. Mais comme je suis dans la lutte pour la gagne, ces incidents se remarquent plus que pour les autres.
Cette année peut-elle être la bonne ? On te voit avec une confiance inédite. Et tu dis des choses comme « je ne vois personne plus fort que moi », etc.
J’analyse toute l’année écoulée et ça me rend serein de me voir à ce niveau. Je gagne, ou je suis très proche de la gagne, tout ce que je dispute. Sur le chrono de Ponferrada, je bats des coéquipiers qui font de très bons chronos, des spécialistes comme Ion Izagirre ou Castroviejo. Et je leur mets 1mn en 47km, à presque 49km/h de moyenne, avec un vent de face. Ca veut dire que j’ai vraiment de très bonnes jambes.
On a aussi l’impression que la tension du Tour est plus supportable, toi qui as 34 ans.
Oui c’est vrai qu’elle est plus supportable, mais non en raison de mes 34 ans. Ca a beaucoup à voir quand même, bien sûr, mais la pression du Tour me paraît plus facile à supporter avant tout en raison de mon état de forme. Parce que je n’ai pas peur. Du respect, oui ; de la peur, aucune.
Cette forme aussi bonne est-elle le résultat d’un changement dans ta préparation, d’entraînements plus longs par exemple ?
Non, non. Absolument pas. Au contraire : je m’entraîne moins qu’avant. Mes entraînements sont de meilleure qualité, mais plus courts.
Il y en a qui disent qu’avec l’âge, il faut s’entraîner plus, et plus fortement.
Eh bien dans mon cas ce n’est pas le cas, avec 4 entraînements je suis déjà en forme. Je n’ai rien changé. Je ne sais pas si c’est mon corps qui a fait un saut qualitatif chaque année. Cette année, assurément. Chaque année je suis meilleur.
Explique nous cette notion d’entraînement de meilleure qualité.
Plus de qualité, c’est ne pas faire tant de kilomètres. C’est arrêter de faire beaucoup de séances de 5h, et les remplacer par des séances de 4h, mais de meilleure qualité, avec plus d’exigence. Faire plus de séries par exemple. Au bout du compte, ça me convient mieux. Je fatigue moins mon corps. A moins d’aller disputer un Milan San Remo, faire trop d’heures n’est pas très utile. Et en faire moins sert à arriver plus frais au Tour de France, par exemple.
Ce n’est pas non plus facile de savoir comment on peut étirer son pic de forme comme le font les champions d’aujourd’hui.
Avant, j’allais à Majorque et il y avait 15 coureurs qui jouaient la gagne. Aujourd’hui tout le monde joue la gagne. Tout le monde est en forme. Quand arrive le Tour de Murcie, tout le monde a les jambes. Tout est plus étudié qu’avant : le calendrier, la technologie, les capteurs de puissance. Tout a beaucoup changé.
Ce qui attire l’attention c’est le peu de fois où tu as couru contre tes grands rivaux du Tour cette année.
C’est vrai. Contre Froome, pas un seul. J’allais courir Liège et il a déclaré forfait. Je les vois à la télé, je regarde très attentivement leur visage, pour détecter les moments dans lesquels ils souffrent, eux et leurs coéquipiers. Des détails. J’observe un peu tout. En course on peut le faire mais moins. [Dans une autre interview, à AS, il dit la même chose : « ça a été une bonne chose de ne pas faire le Dauphiné ni le Tour de Suisse, aussi parce qu’à la télévision on apprend beaucoup en regardant ses rivaux, pour savoir comment ils sont en course »].
Que penses-tu du parcours du Tour ?
Comme toujours, complet, avec des étapes très dures. En Angleterre déjà on va avoir des routes étroites avec des bosses, on m’a parlé de 2000m de dénivelé. La 2e étape, il faudra la reconnaître quand on arrivera sur place. Ensuite, il y aura les pavés de la 5e étape…
Les Vosges, les Alpes, Les Pyrénées. Il n’y a quasiment pas de temps mort.
L’étape des Vosges avec le final à La Planche des Belles Filles, où Froome a gagné il y a 2 ans, est assez difficile. ASO a rendu cette étape plus difficile [qu’il y a 2 ans].
Les Alpes, a priori sont moins exigeantes cette année.
Le Tour, c’est de la tension tous les jours. Et dans chaque étape il y a des moments de danger.
Les Pyrénées seront-elles décisives ?
Ce seront trois jours très exigeants. Le 1er avec Balès ; le 2e, le plus dur, avec Portillon, Peyresourde, Val Louron et Saint-Lary. Et le 3e, avec le Tourmalet et Hautacam pour finir. En 3e semaines, ces étapes seront décisives. Si le Tour n’est pas encore joué, il le sera probablement ici, et le chrono fera le reste.
As-tu une bonne équipe pour te protéger sur les 20km de pavés ?
Oui, l’important est d’être serein et bien placé. Avec Rojas et Erviti, surtout, mais aussi avec Plaza et tous. L’important est d’être très attentifs et de ne pas perdre le Tour pour une chute ou une crevaison. Physiquement, les pavés ne seront pas plus exigeants qu’une étape de montagne.
Voici enfin quelques passages tirés de l’autre interview qu’il a donné, à AS :
« Movistar aura un grand collectif, on est tous en bonne forme, motivés et reposés. Contador, avec Roche et Rogers, sera très bien accompagné, et la Sky, je ne la vois pas aussi forte que la Tinkoff de Contador. »
« Je me vois plus expérimenté, et plus fort. C’est bizarre, mais avant j’avais peur des rivaux et du Tour, je voyais les choses de façon trop grande, c’était une course qui me résistait, j’avais trop de respect, et peur. Maintenant je sais que je suis capable de bien faire ».

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