C'est un Dauphiné déroutant qui vient de s'achever pour nous qui suivons Alejandro. Il termine 9e, en fin de top 10 : en toute franchise, on s'attendait à bien mieux, on ne va pas se mentir. Cela dit, lors de sa dernière participation, en 2013, il avait terminé 7e - un résultat très similaire donc, et qui ne l'a pas empêché d'être fort ensuite en montagne sur le Tour. Mais cette comparaison est en trompe-l'oeil, d'une part parce qu'Alejandro a cette année gagné du temps avec son échappée d'avant-hier (même si ça l'a fatigué ensuite, ce qui joue dans l'autre sens), et d'autre part et surtout parce qu'il n'y avait pas de chrono cette année, là où en 2013 le parcours comprenait un chrono plat de 32 km, ce qui est conséquent.
L'analyse est difficile, encore plus en l'absence de déclarations d'Alejandro qui permettraient de nous éclairer un peu (et c'est vrai que ce silence radio n'est pas particulièrement rassurant). Je vais donc essayer de faire une synthèse des différentes pistes.
Ce sur quoi nous sommes tous d'accord (sauf erreur de ma part), c'est qu'Alejandro n'a pas montré une grande forme. A partir de là, 2 grandes questions se posent légitimement :
- est-ce un bien ou un mal ? Intuitivement, on aurait préféré voir Alejandro en forme : c'est plus rassurant pour le Tour. Mais Alejandro, au cours de sa carrière, est souvent arrivé en forme trop tôt, dès le Dauphiné, ce qu'il a parfois payé ensuite sur les 3 semaines du Tour. Dès lors, le voir pas encore au top en juin peut être une bonne chose. Cela, c'est tout-à-fait vrai. La question est plutôt pour moi : sa forme s'améliorera-t-elle significativement d'ici le Tour ? Là-dessus, franchement ce n'est pas garanti. Alejandro est capable d'arriver très vite en forme après avoir peu couru, on le sait. En revanche, si je ne m'abuse, on a peu souvent vu sa forme changer significativement en un délai court, comme ça peut être le cas pour un Nibali par exemple : sa forme a plutôt l'habitude d'être constante. Il y a bien les contre-exemples de Vuelta où il retrouvait la forme après un Tour plus ou moins difficile, mais je ne pense pas que ces exemples soient pertinents dans notre cas (la Vuelta, c'est particulier). Par ailleurs, notons que les dernières fois où Valverde nous a fait douter en juin, en 2012 sur le Tour de Suisse et l'an dernier sur la Route du Sud, il s'est révélé ensuite peu convaincant en montagne sur le Tour. Et quand en 2013, il ne termine certes que 7e du général du Dauphiné, il termine tout de même respectivement 4e, 6e et 6e des 3 étapes de montagne. Cette année, ses résultats ont été indéniablement moins bons. J'avoue que voir Rodriguez, pas forcément au top ces derniers jours, réussir à faire un top 5 sur l'étape du jour à 28" de Froome, là où Valverde, 17e, perd 1'40", ne m'a pas franchement rassuré.
- est-ce volontaire ou non ? Et si tout simplement Alejandro avait choisi volontairement de planifier son pic de forme de façon à être à 100% durant les 3 semaines de la Vuelta, son grand objectif cette année ? Dès lors il pourrait vouloir monter en puissance durant le Tour, de façon à pouvoir être utile à Quintana tout en se préparant bien à la Vuelta : après tout, sa mission, sur le papier, c'est ça. J'espère tout de même qu'il aura la forme suffisante pour lever les bras en 1ere semaine, avec bien sûr l'arrivée au mur de Huy, mais aussi celle au mur de Bretagne. Normalement, avec son talent et le niveau qu'il a montré en avril, il ne devrait craindre personne ! Je reste donc optimiste à ce niveau là. C'est moins le cas concernant le général du Tour, mais encore une fois, ce n'est pas son but (et je peux me tromper !). Tout dépend donc dans quelle perspective on se place lorsqu'on se dit optimiste, inquiet ou autre. Hier soir dans un commentaire intéressant jbchavalverde écrivait que "pour la première fois depuis sa suspension, le Tour n'est pas son objectif majeur. Donc pas son pic de forme. Son but, être à 85% dans la 3e semaine du Tour, à 100% sur la Vuelta pour la gagner et garder la forme jusqu'au Mondial." Dans cette perspective je suis confiant, là oui.
En tout cas, un point positif est à retenir : Alejandro en veut, est motivé, n'hésite pas à attaquer ! Il sera offensif en juillet, et ça promet de belles émotions. Attention cependant à ne pas faire les choses un peu maladroitement : il s'est beaucoup donné avant-hier dans l'échappée et ça lui a sans doute coûté des forces dans le final, comme aux Strade Bianche ; et aujourd'hui, il a tenté une offensive avant la montée finale mais j'avoue que je ne suis pas persuadé que c'était la meilleure tactique. Pas grave, mais l'important est que sur le Tour, ses offensives soient bien pensées. En tout cas, le mental est là (contrairement à la même période en 2012) : ce qu'il lui manque encore, ce sont les jambes, mais ça peut encore venir d'ici juillet.
Pour finir, 2 remarques :
- on était très sceptique en début de saison sur sa préparation aux classiques. On connaît la suite...:)
- il ne s'agit pas de "tomber" sur Alejandro quand on décrypte ses performances comme j'ai pu le lire dans les commentaires.
Il est numéro 1 mondial, il a fait une grande 1ere partie de saison qui fait de son année une année d'ores et déjà réussie, là-dessus il n'y a pas de doute. Et on le supportera jusqu'à la fin de sa carrière, quoi qu'il arrive : comme le dit très justement supermamy, "je crois que nous sommes tous et moi la 1ère,des enfants gâtés par un champion hors norme,habitués à recevoir ses victoires en cadeaux et dés que ça tourne un peu moins bien ,on fait des caprices,on a besoin de comprendre,on lui trouve des erreurs ,on le critique un peu. Ne soyons pas trop exigeant et prenons chaque belle performance et victoire". Oui, mille fois oui ; cela dit ça ne doit pas nous empêcher d'avoir un regard réaliste sur ses résultats. Si un jour il n'est pas bon, il n'est pas bon, n'en faisons pas un tabou. Ce n'est pas grave, et ça n'est pas critiquer notre champion que de constater une baisse de régime !

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