Eusebio Unzue et Alejandro Valverde étaient jeudi au siège de Telefonica, l'entité mère de la marque Movistar, pour un événement en hommage à la réussite du Murcian.
Unzue n'a pas tari d'éloges sur Alejandro : "Après ce qu'il a réalité sur Liège, sur la Flèche Wallonne et sur d'autres courses, Alejandro est en train de devenir un mythe. Il a atteint Eddy Merckx sur les ardennaises et est déjà au plus haut niveau de ce sport. Alejandro est unique, il a cette qualité de venir sur chaque course avec l'objectif de la remporter. A 37 ans il ne décline pas, bien au contraire. Chaque année il te réalise 30 podiums, près de 40% de ce qu'il dispute. Travailler avec lui est un privilège. Je remarque d'ailleurs l'admiration de beaucoup de managers vis à vis de lui. Il l'a mérité".
Alejandro s'est ensuite confié :
"Cette année je crois plus en moi. J'ai une très bonne condition physique, je cours sans pression. Je crois qu'avoir atteint le podium du Tour m'a énormément libéré ; cela m'a donné de la tranquillité. Il me manque le Mondial, mais je n'ai plus la pression des années antérieures, je vais lutter pour le titre mais sans en faire une obsession."
"Aujourd'hui je savoure plus les succès qu'auparavant. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je les savoure. On m'a vu très heureux quand j'ai gagné le Tour de Murcie ; et la 1ere étape que j'ai gagnée en Andalousie, j'étais si heureux, j'avais si envie de la célébrer, que j'ai failli tomber au moment de passer l'arrivée."
"Je ne sais pas quand je me retirerai ; je continuerai jusqu'à 39 ans et à partir de là on verra. Pour le moment, je veux continuer à profiter. J'ai vu que désormais dans le peloton on me regarde différemment, avec respect. Pour moi c'est un honneur de me sentir respecté et admiré par les jeunes coureurs comme par les coureurs expérimentés."
Les classiques pavées dans le viseur ?
Il dit qu'il a "en tête" le Tour des Flandres pour 2018 : "Je souhaite vraiment le disputer et il ne reste plus beaucoup de temps." Une phrase qu'on a déjà entendue plusieurs fois de sa part sans qu'il franchisse pour autant le pas de la participation...mais quelque chose me dit que cette fois-ci Alejandro y pense sérieusement. Il s'est franchement "baladé" cette année sur les ardennaises, ce qui me fait dire deux choses : 1/ il a peut-être atteint un stade où gagner une ou deux ardennaises de plus ne bouleverserait pas la donne et où cet objectif deviendra peut-être moins excitant pour lui ; 2/ sa facilité sur les dernières classiques peut lui donner envie de s'essayer à d'autres défis, à d'autres classiques, en profitant de son très haut niveau actuel.
Un élément conforte cette opinion : il affirme, chose moins habituelle, qu'il souhaite aussi participer à Paris Roubaix avant la fin de sa carrière, et développe sérieusement le propos, montrant ainsi qu'il a commencé à y réfléchir concrètement. "J'y pense plus qu'avant. Je ne dis pas que si je dispute Paris Roubaix je gagnerai, parce que c'est une course très difficile à remporter. Elle nécessite d'être un coureur massif et très habile sur ce terrain. Il me manque du poids, mais j'ai de l'habilité, donc je crois que je pourrais être au contact des meilleurs. Van Avermaet n'est pas spécialement lourd et a gagné Roubaix. Gilbert n'est pas lourd non plus et se défend très bien sur les monts pavés. Pour essayer il faudrait que je prenne un peu de poids, quelques kilos. C'est une course où l'on se dépense beaucoup, il faut avoir des réserves. [Du reste] cette année sur Liège je pesais 2kg de plus que sur la Flèche".
La mention de Gilbert est intéressante. Une hypothèse : avoir vu Gilbert tenter le coup, cette année, de miser sur le Tour des Flandres, réussir son pari, et en plus parvenir à gagner l'Amstel dans la foulée, a peut-être donné envie à Valverde de relever le défi pour l'an prochain. Si Valverde a acquis une dimension nouvelle ces dernières semaines, c'est aussi le cas de Gilbert grâce à sa victoire remarquée sur le Ronde. Gilbert est un spécialiste des ardennaises ; Valverde s'y est peut-être identifié.
Le Tour
Il raconte que son idole de jeunesse était Miguel Indurain. "Je me fiais à Miguel, il était la référence à l'époque parce qu'il gagnait tout, surtout le Tour. J'ai toujours été sur le Tour pour [essayer de] le gagner, mais je n'ai pas réussi." En juillet prochain, il ira sur le Tour avec l'intention d'aider Quintana à gagner, mais il dit qu'il sera préparé pour tous les scénarios...et n'écarte donc rien. "Le leader sera Nairo et je ferai tout ce que je peux pour l'aider, mais la course se chargera de mettre chacun à sa place" a-t-il déclaré.
Une façon de dire implicitement que le leadership n'est pas intangible...et pourra évoluer en fonction des circonstances de courses, des performances de chacun sur les premières étapes de montagne, etc. Sur le papier, Quintana est censé être meilleur grimpeur qu'Alejandro, mais trois éléments sont à prendre en compte : 1/ Quintana a clairement déçu l'an dernier et n'était pas au niveau attendu ; 2/ Sa participation au Giro cette année pourrait le rendre moins fort en juillet ; 3/ Valverde n'a jamais été aussi fort que cette année.
Néanmoins il ne cherche pas à cultiver l'ambiguïté pour autant : "Sur le Tour j'ai déjà eu des opportunités ; cette fois-ci je viens pour aider Nairo. Je veux l'aider dans le final des étapes de montagne, et si j'y arrive je serai bien placé au général. Au départ le leader sera Nairo et on sera tous là à 100% pour l'aider. C'est l'un des favoris et notre meilleur atout".
Le reste de sa saison
D'ici au Tour, il va s'entraîner à Grenade pour se préparer, puis disputera le Dauphiné, "une très bonne course pour arriver en forme pour le Tour". Après avoir coupé durant une semaine après Liège, il a recommencé cette semaine l'entraînement. Il dit également qu'il suivra le Giro à la télévision.
A propos de la Vuelta, il annonce clairement son objectif : "essayer de la gagner. On verra comment je termine le Tour et avec quelle forme j'aborde la Vuelta, mais mon idée est de lutter pour la gagne. J'irai avec toute ma motivation."
Il déclare enfin qu'il disputera le Mondial mais qu'il faudra qu'il regarde à quoi ressemble le parcours : "J'ai entendu Van Avermaet qui disait qu'il était un peu surpris parce qu'il pensait que le tracé serait plus dur. Il faudra le voir".
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