L'année 2017 se termine dans un mois. Cette année fût extrêmement particulière pour Alejandro : une 1re partie de saison époustouflante, où tout lui a réussi, jusqu'au coup d'arrêt, au propre comme au figuré, lié à sa chute dès les premiers km du Tour.
L'espoir est de mise pour 2018 au vu de la confiance affichée par Alejandro dans ses déclarations depuis quelques semaines.
Si Alejandro retrouve le chemin du succès (rappelons qu'il s'agit d'un espoir et non d'une certitude, bien que la tendance soit clairement à l'optimisme), il est fort probable que nous ayons plus la tête à célébrer celui-ci et à nous tourner déjà vers la suite des opérations (insatiables supporters que nous sommes !), plutôt qu'à revenir sur ces longs mois de rétablissement. Il faudra pourtant avoir en tête que ce retour au premier plan ne sera(it) pas le fruit du hasard, mais la combinaison de plusieurs facteurs.
Deux d'entre eux méritent particulièrement d'être mis en avant : la chance qu'a eu d'Alejandro d'avoir été accompagné par un personnel médical d'une très grande qualité ; et le travail considérable réalisé quotidiennement par Alejandro lui-même pour retrouver sa condition physique d'auparavant. C'est l'objet de cet article, fondé sur la traduction d'un article espagnol paru en octobre dernier.
Francisco Esparza, le médecin qui a dirigé la récupération d'Alejandro à l'hôpital de Molina de Segura, est formel : "S'il était tombé sur un hôpital, que ce soit allemand ou espagnol, qui applique les critères habituellement appliqués à tout-un-chacun, il aurait arrêté le cyclisme. Si c'était arrivé à vous ou à moi, on nous aurait mis un plâtre et laissé la jambe au repos pendant trois semaines. Pour récupérer ensuite, c'est impossible. Alejandro a eu la chance d'être transporté dans cet hôpital. Le mieux, c'est qu'au bout de 48h, il bougeait [déjà] la jambe. Cette jambe n'est jamais restée au repos et c'est ça qui lui a permis de ne pas "vieillir". Le mouvement lent, contrôlé, d'une articulation permet de se maintenir et de ne pas perdre ses capacités."

Mikal Zabala, préparateur physique de la Movistar, abonde en ce sens : "Heureusement dès les premiers instants les médecins allemands ont commencé à mouvoir ce qui pouvait se mouvoir. Grâce à cela, la réhabilitation est d'autant plus rapide. Normalement, ce qui ralentit fortement est l'inactivité. C'est ce qui vous réduit et vous fait perdre beaucoup de qualités et de facultés."
"Le travail de récupération a été très contrôlé, à chaque moment"
Après son retour à domicile, Alejandro n'a cessé de travailler. Sept heures d'entraînement physique quotidien. Des séances de physiothérapie à l'hôpital de Molina à Murcie le matin. Puis un entraînement chez lui l'après-midi. Le vélo (sur route) s'est incorporé à ces entraînements à partir du 21 août, après une phase de vélo aquatique. Tout ceci a été coordonné par le médecin Esparza, avec l'aide d'un diplômé en sciences du sport et d'un physiothérapeute. "Le travail de récupération a été très contrôlé, à chaque moment. C'est ce qui a permis qu'il ne perde rien. Nous avons travaillé pour qu'il n'y ait pas d'adhérences [?] sur les cicatrices, qui sont des choses qui font perdre ensuite en performances" déclare le médecin.
Il raconte : "La peur que nous avions tenait au fait que pour un individu de son âge, il est très difficile de récupérer s'il est immobilisé [ne serait-ce qu']un peu. Une personne de 20, 25, jusqu'à 30 ans a une [bonne] capacité de récupération, mais le corps a déjà certaines limites. Pour un jeune homme de 25 ans certaines choses me préoccupent d'habitude. Pour Alejandro, en plus de ces choses-là, son âge m'a préoccupé aussi."
Mikel Zabala confirme là encore ces propos : "l'âge est un facteur de limitation du degré de récupération", contrebalancé chez Alejandro par "sa motivation, sa fraîcheur, sa motivation pour rester sur la brèche". Le médecin ajoute : "Il a une capacité de récupération incroyable. C'est une personne comme il en existe peu dans le monde. Un profil unique quant aux caractéristiques d'amélioration, de lutte, de travail, d'avoir les idées claires...Devant l'adversité, n'importe qui aurait sombré, et lui ne l'a pas fait. Il a fait très attention à lui, et il a un profil génétique, des caractéristiques physiques, d'une autre galaxie. C'est un des rares élus [à ce niveau là]".
La fracture de la rotule de l'Espagnol Roberto Laiseka à 38 ans suite à sa chute sur le Giro 2007 avait conduit à la fin de sa carrière
Alejandro a connu en particulier un mauvais moment après sa chute : quand il attendait encore le diagnostic en Allemagne, à l'hôpital de Düsseldorf. Il a alors pensé que l'accident pourrait le forcer à arrêter sa carrière. La fracture de la rotule de l'Espagnol Roberto Laiseka suite à sa chute sur le Giro 2007, à 38 ans, avait en effet conduit à sa fin de carrière. "Mais la rotule de Laiseka avec explosé en plusieurs morceaux, pour le dire ainsi, alors que par chance celle d'Alejandro a été une fracture propre", explique Zabala. "Par coïncidence, j'ai eu la même fracture en faisant de la moto. J'avais dû étudier tout ça. [Cela étant] chaque contexte est différent. Alejandro est plus âgé que moi, mais avec des qualités que j'aurais aimé avoir". Ces connaissances permirent de rassurer Eusebio Unzue dès les premiers temps : "ne t'inquiète pas, Eusebio, l'année prochaine Alejandro sera de nouveau là, à batailler". "Il ne mérite pas ça", c'était la phrase que répétait Unzue encore et encore.

Dr Esparza : "Il reviendra en bonne condition. La récupération s'est faite en un temps record. Il a amélioré les meilleures prévisions des médecins. Pas seulement grâce à sa génétique, ce qui est ce que tout le monde pense, mais aussi grâce au travail incroyable qu'il a réalisé". Alejandro a amélioré d'environ 2 mois le temps prévu de récupération, estimé initialement à 4 ou 5. Au bout de 7 semaines, il remontait déjà sur le vélo. "Et aujourd'hui même [fin octobre] il suit un rythme d'entraînement très soutenu. Il fait entre 1100 et 1300 watts quotidiens, et de temps en temps 140km. Aujourd'hui même s'il devait courir, il serait à un très bon niveau" estime Dr Esparza.
"La récupération s'est faite en un temps record. Il a amélioré les meilleures prévisions des médecins. Pas seulement grâce à sa génétique, mais aussi grâce au travail incroyable qu'il a réalisé"
Durant sa récupération, il a fallu le freiner à plusieurs reprises. "J'ai dû le lui dire plusieurs fois" explique le Dr Esparza. Désormais [depuis fin octobre] il n'y a plus de risques de mettre en danger sa récupération à cause d'un trop grand effort. Sa rotule n'est plus fragile. "Une légende urbaine dit que si quelqu'un tombe et se fracture au même endroit qu'avant, la partie concernée se casse d'autant plus. [En réalité] la rotule fracturée [d'Alejandro] est maintenant bien plus solide que l'autre : il a une ossature, une structure intérieure qui est bien plus résistante" affirme-t-il.
"S'il veut, on l'emmène en Chine en tant que mascotte"
L'obsession d'Alejandro était de courir avant que la saison s'achève. Il s'était fixé l'objectif de courir le Tour de Guangxi. "S'il veut, on l'emmène en tant que mascotte" plaisantait un membre du staff de la Movistar durant la Vuelta. Mais aujourd'hui, plus personne ne remet en cause le fait qu'il aurait pu courir en cette fin d'année. "Si ça ne tenait qu'à lui, il aurait repris à Milan Turin, mais il n'y avait aucune nécessité de prendre le risque" estime Zabala. "Il est à un bon niveau, il fait des entraînements consistants, de bons kilométrages, il peut faire des pics de puissance plus importants, mais maintenant c'est le moment où il faut affiner pour pouvoir bien commencer [la saison prochaine]" ajoute-t-il.
"In fine, comme dans toute maladie ou lésion, l'attitude détermine la façon dont on récupère, parce qu'il y a des processus psychosomatiques ; la biochimie, très médiatisée pour mieux affronter les choses, aide, objectivement. Cette attitude et cette conviction quotidienne font en sorte que non seulement on travaille plus et mieux, mais également qu'on se sent mieux et qu'on récupère mieux. Ce qu'a Alejandro, je l'appelle un don, parce qu'in fine l'année qui vient il sera [au niveau] où on souhaite qu'il soit" considère Zabala.
Article partiellement traduit de l'article "El próximo reto de Alejandro Valverde" (22/10/2017).
Ps : comment terminer cet article sans rendre hommage à l'infirmière espagnole qui se trouvait par hasard en spectatrice dans le virage où a chuté Alejandro ? Rita Gonzalez travaille à l'hôpital de Düsseldorf et comprend parfaitement l'allemand. Au milieu de la panique ambiante, les techniciens de la Movistar ont entendu les mots de cette femme, en espagnol : "Je suis espagnole et infirmière". Sa présence les a tranquillisé. Dès la chute du Murcian (elle se trouvait à 15m de l'endroit de sa chute), elle a agi aussi vite que possible, a repoussé les barrières, a sorti Alejandro de la route et l'a emmené sur l'herbe pour l'aider, comme le raconte le journaliste Sergi Lopez dans un article paru quelques heures après l'accident.
"J'ai vu que personne ne lui venait en aide, on est donc allé l'aider, vérifier qu'il était conscient, puis lui parler pour le tranquilliser et lui dire ce qu'on était en train de faire et où on allait l'emmener" a-t-elle raconté ensuite à la radio Cadena Ser (audio).
Elle s'est chargée de stabiliser Alejandro jusqu'à l'arrivée de l'ambulance, qui ne comprenait que des infirmières allemandes ; par chance, elle a pu traduire ce qui manquait et tout organiser. Pendant le trajet, elle a essayé de tranquilliser le coureur et son staff. Puis, à l'hôpital, elle s'est convertie en voix de la Movistar : la personne qui traduisait à Alejandro ce que disait les médecins.
"Ce fut une chance qu'elle soit là. Elle est restée avec nous jusqu'à minuit passé à l'hôpital. Elle ne s'est pas éloignée un instant d'Alejandro. Et ensuite, au moment d'apprendre qu'Izagirre était aussi à l'hôpital, elle est venue l'aider" raconte Garcia Acosta, un des directeurs sportifs de la Movistar.

Pour toutes les explications développées dans cet article, celui-ci aurait donc tout-à-fait pu s'intituler "Un travail collectif", tant la récupération d'Alejandro a tenu aux efforts et au talent de différentes personnes.
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