Alejandro s'est confié hier soir sur son état d'esprit auprès de médias belges. Un entretien passionnant...
La Flèche, une déception ?
"[Non] pas spécialement. En cyclisme, il est beaucoup plus facile de perdre que de gagner. C’est comme ça. Cela dit, j’ai fait une erreur mercredi. Sur le moment, je ne m’en suis pas rendu compte mais c’est devenu une évidence en regardant les images de la course, dans la soirée. J’ai mis un temps à réagir quand Julian a fait son effort. Un temps de trop. Avec un autre coureur, je pense que ce n’était pas rédhibitoire. Avec Julian, si. Je suis parti de trop loin et quand j’ai vu que je n’arrivais pas à revenir, que je mourrais à un mètre de lui, j’ai coupé mon effort. Après, honnêtement, ne pas avoir gagné ne change rien. Je sais depuis longtemps que je ne suis pas imbattable."
A propos de Liège et de la possibilité d'égaler Merckx en gagnant une 5e fois
"C’est très important pour moi. On parle quand même d’égaler une légende, là. Je le connais personnellement, c’est quelqu’un que j’apprécie énormément. Quelqu’un qui a su rester humble malgré la longueur de son palmarès. L’égaler donnerait une dimension particulière à la victoire. Entrer dans l’histoire et rejoindre Eddy Merckx, c’est difficile de faire mieux…
(A propos de la possibilité de remporter 5 fois la Flèche et 5 fois Liège) Je préfère d’ailleurs arriver à cinq victoires sur chacune des deux classiques. Pas quatre et six. Cinq et cinq, ça sonne quand même beaucoup mieux, non ?"
A propos du Mondial cette année
"Je dirais même que c’est un objectif primordial. Le parcours, extrêmement montagneux, me correspond à merveille. Je ne suis pas le seul dans le cas, évidemment. Je pense par exemple à Nibali ou Alaphilippe… Mais clairement, ce Mondial, cette année, j’en fais une priorité absolue."
A propos des JO de Tokyo en 2020
"Je les vois comme une apothéose. Une dernière grande course avant de raccrocher. J’aurai alors quarante ans et ce serait mes cinquièmes Jeux. Je ne sais pas si, dans l’histoire du cyclisme, il y en a beaucoup qui ont déjà réalisé ça. En tout cas, ça doit être rare…"
Quels objectifs sur les classiques pour la suite ?
Au risque de vous étonner, j’aime le pavé. Oui, sérieusement. C’est quelque chose que j’apprécie. J’ai la sensation de bien bouger sur le pavé, même si je suis loin d’être un spécialiste de la chose. En 2019, si tout va bien niveau santé, le Tour des Flandres sera un gros objectif pour moi. Je ne veux pas juste découvrir la course… Par contre Roubaix, c’est trop spécifique, trop dangereux aussi je pense. Une chute sur les pavés y fait plus de dégâts qu’une chute sur la route… enfin, la plupart du temps.
Sa chute l'an dernier
Sur le moment, j’ai vraiment pensé que ma carrière était finie. Quand j’ai vu l’état de ma jambe, j’étais certain que tout était terminé. Que j’allais me trimbaler avec une prothèse du genou. (Il soulève son pantalon pour montrer les énormes cicatrices qui barrent encore sa jambe gauche.) Tout était complètement ouvert… Fou. Ma rotule était brisée en deux parties, mon tibia était en morceaux, à l’air, comme ma cheville. Outre les cicatrices, j’en garde encore deux vis, au niveau de la rotule, pour la ressouder. Et je les garderai à vie…
Sa récupération
Les deux premiers mois, je travaillais deux fois par jour, dans la douleur. Six à sept heures quotidiennes à souffrir. J’ai vraiment traversé des gros moments de doute. Ce n’est qu’après deux mois que je me suis rendu compte qu’il y avait peut-être encore moyen de faire quelque chose. Et après trois que la douleur a commencé à s’estomper au niveau des vis, même si le tendon reste récalcitrant. À l’époque, j’avais perdu trois centimètres de muscle au niveau du genou, deux au mollet. Aujourd’hui encore, mon genou gauche fait toujours le double de l’autre (NDLR : il montre la différence, flagrante).
Sa 1ere victoire suite à son retour, au Tour de Valence le 2 février
C'est compliqué à décrire. En fait, c’est indescriptible. Magique, aussi, une véritable libération. Voilà le mot, une libération. Je sais très bien que si je n’avais pas gagné très vite, ma conclusion aurait été limpide, j’aurais compris qu’un retour ne servait à rien.
Les sources de sa motivation
C’est simple. Pour moi, le vélo n’est pas un métier, une profession. C’est une passion. Quand je perdrai cette passion, j’arrêterai, tout simplement. Pour manquer un entraînement, il faut vraiment que je sois malade, en fait. Forcément, dans la pluie ou le froid, ce n’est pas toujours l’extase mais c’est un peu l’histoire de la vie, non ? J’ai la chance de ne pas devoir réaliser des sacrifices ou des efforts énormes à l’entraînement. Je ne dois pas passer des six heures sur le vélo, contrairement à d’autres coureurs.
A part Gilbert et Van Avermaet, quel autre coureur belge peut marquer le cyclisme ?
(Il répond directement) Benoot. J’ai fait sa connaissance lors d’un stage en Espagne, dans la Sierra Nevada, il y a deux ans je pense. Il parle un peu espagnol, du coup, on a discuté. J’aime bien ce coureur, ses caractéristiques qui le rendent redoutable sur tous les terrains. C’est, j’en suis certain, celui qui a le plus progressé ces dernières années… La manière dont il a gagné les Strade Bianche… Il était vraiment fort. Un grand numéro. Je le sais, j’y étais…

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