Les 48 dernières heures ont donc parlé : elles ont fait mal. Je couche ici par écrit mes impressions et mes analyses. Cet avis ne vaut pas plus qu'un autre : il est simplement celui d'un supporter d'Alejandro, qui, au-delà du plaisir pris à le suivre sur cette Vuelta puis de la déception des dernières heures, aime toujours réfléchir aux performances de ce coureur d'exception...
I - Quel bilan ?
Dresser le bilan de sa Vuelta juste après cette défaillance est périlleux. Je voudrais souligner plusieurs choses :
En termes de résultats bruts, le bilan de la Vuelta d'Alejandro - le top 5 et 2 victoires d'étapes (+ le maillot vert et le classement par équipe) - est très bon par rapport aux attentes initiales. C'est celui de la Movistar qui, lui, est clairement mauvais par rapport aux attentes initiales ; mais le problème repose surtout sur le déclin désormais avéré de Quintana (qui donne l'impression d'être en fin de carrière tellement son niveau diffère d'auparavant). Ce n'est pas le problème d'Alejandro. Ne mélangeons pas ces deux bilans.
Cela étant il n'y a pas que le résultat brut qui compte ; il y a aussi :
Côté positif :
-le plaisir : Alejandro nous a fait vibrer quasiment jusqu'au bout sur ces 3 semaines, et a assurément pris lui-même beaucoup de plaisir. Plus encore que vibrer, il nous a fait rêver, puisqu'on a bel et bien rêvé d'une victoire finale. Ca n'a pas de prix. On en prendra d'autant plus conscience quand il ne sera plus là pour nous faire vibrer comme il l'a fait ces 3 semaines.
Côté négatif
-les efforts réalisés, et de ce point de vue Alejandro s'est dépensé plus que prévu sur cette Vuelta. En raisonnant froidement, sa 5e place ne valait peut-être pas le coup d'effectuer ces efforts. Mais on sait bien que ce n'était pas une 5e place qui était en jeu, mais la victoire finale. Il fallait jouer le coup, étant donné l'opportunité. Ca a raté. C'est le sport.
-la façon dont il termine les 3 semaines : le fait qu'il ne terme pas crescendo - c'est tout le contraire...- est un vrai point négatif, qui n'est pas bon pour le moral également. Il fallait que ce soit l'inverse, en vue de la fin de saison. Ce n'est pas rédhibitoire du tout, mais c'est bien embêtant.
Le bilan n'est donc pas noir ou blanc. Je n'ai pas le sourire en cette fin de Vuelta car non seulement Alejandro n'a atteint ni la victoire finale ni le podium, mais en plus quelques nuages apparaissent sur la route du Mondial. Pour autant, il nous aura fait vibrer (ce qu'on n'avait plus connu depuis plusieurs mois à ce niveau avec lui) ; comment le regretter...
II - Comment expliquer ?
Deux analyses, du reste complémentaires, me semblent possibles pour expliquer la défaillance d'Alejandro en fin de Vuelta :
-celle qui apparaît comme la plus évidente : ses forces ont lâché en fin de Vuelta, à cause soit d'un manque de résistance sur 3 semaines (rappelons qu'il avait déjà terminé le Tour particulièrement fatigué, à tel point qu'il avait "séché" la San Sebastian, forfait très rare chez lui), soit d'une fatigue plus générale dans la saison (ce qui impliquerait de perdre nos espoirs pour le Mondial), ou soit d'un virus (sait-on jamais).
-celle qui me semble oubliée ou sous-estimée : la structure du tracé. En analysant précisément le tracé de cette Vuelta, on voyait qu'elle ne présentait que très peu de véritables étapes de montagne. J'avais noté avant le départ 2 étapes de montagne clefs : celle de La Covatilla, du dimanche 2 (au soir duquel j'écrivais "les choses sont claires" parce que Quintana s'était révélé plus fort qu'Alejandro, même si les écarts restaient bien faibles) et celle de ce samedi, sans doute la plus dure des 3 semaines. Logiquement la 1ere devait être révélatrice des véritables forces en présence pour la victoire finale. Globalement, entre ces deux étapes, le reste était composé d'arrivées pour puncheurs/grimpeurs où Alejandro a toujours été plus à l'aise.
La structure du tracé, avec l'étape reine juste la veille de l'arrivée et une ascension difficile l'avant-veille, a donc pu donner l'illusion pratiquement jusqu'au bout qu'Alejandro pouvait gagner cette Vuelta. Mais tout était peut-être déjà écrit dès l'arrivée du dimanche 2. C'est une hypothèse évidemment facile à dire après coup mais je n'ai cessé d'y penser durant cette Vuelta, et bien qu'ayant l'espoir qu'Alejandro me fasse mentir, je ne peux pas dire que j'étais particulièrement surpris de sa défaillance aujourd'hui.
Il est donc possible, tout simplement, que sa défaillance s'explique en bonne partie par le fait qu'il n'est plus le grimpeur qu'il a pu être par le passé (grimpeur qui n'était pas particulièrement régulier d'ailleurs) et qu'il ne le sera plus. Selon cette hypothèse, il doit désormais absolument arrêter de courir pour le général des Grands Tours et se focaliser sur d'autres objectifs pour sa fin de carrière. Cela implique la fin de l'équilibre "mi - général Grands Tours & mi - courses d'un jour" qui l'a toujours caractérisé.
Croire dans cette deuxième explication implique de réfléchir à l'hypothèse suivante : si après-demain (par exemple) se disputait une arrivée pour puncheur/grimpeur, Alejandro croquerait-il ses rivaux, ou serait-il à court de jus ? Si l'on estime qu'il l'emporterait aisément, alors il n'y a pas lieu d'être trop inquiet de sa forme. Car lorsqu'il a remporté ses deux étapes en début de Vuelta, il y avait consensus ici pour dire qu'il était très en forme.
Cela implique aussi de penser que si l'étape d'aujourd'hui avait eu lieu il y a une semaine, il n'aurait pas particulièrement brillé non plus.
Une dernière remarque, par ailleurs. Au soir de la 1ere véritable étape de montagne, à La Covatilla, les choses me paraissaient claires : Lopez, Quintana et dans une moindre mesure Yates avaient déjà montré qu'ils figuraient parmi les meilleurs. Quintana a ensuite failli (et Mas s'est révélé). Si Quintana avait tenu son rang, c'est-à-dire s'il avait été capable d'attaquer dans le triptyque des Asturies pour prendre du temps à ses rivaux (son objectif était d'arriver en rouge pour le chrono, selon ses propres mots), les choses auraient été très différentes. Alejandro aurait alors soutenu Quintana et ne se serait pas battu comme il l'a fait. La défaillance de Quintana (et, plus en amont, le forfait de Landa) a bousculé tous les plans.
Le mot de la fin
A 38 ans ce qu'Alejandro a réalisé sur cette Vuelta reste très bon ; encore plus pour un coureur qui côtoie les sommets de ce sport depuis 15 ans (!) ; et encore d'autant plus pour un homme qui s'était blessé aussi fortement l'an dernier. Ce champion unique force le respect et mérite toute notre admiration : cette fin de Vuelta ratée ne doit donc pas nous faire oublier d'une part tout ce qui a précédé, d'autre part le fait que très peu de coureurs auraient été capables de réaliser ce qu'il a réalisé à son âge, après avoir brillé en 1re partie de saison et depuis des années.
A court terme, je croise les doigts pour qu'il puisse montrer ses meilleures jambes dans 15 jours. "J'ignore si c'est un mauvais jour ou si je suis vidé" a confié Alejandro tout à l'heure. On va espérer très fort que la deuxième option ne soit pas la bonne !

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