Il aura 19 ans l'an prochain, quand Valverde en aura 39. Malgré leurs 20 ans d'écart, Remco Evenepoel, le prodige belge comparé à Merckx, champion du monde juniors (chrono et en ligne), et Alejandro Valverde, le prodige espagnol, champion du monde élite, courront dans le même peloton l'an prochain - au sens propre puisque le calendrier d'Evenepoel, annoncé début novembre, comprend le Tour de Catalogne qu'Alejandro devrait disputer aussi.
La marche est extrêmement très haute pour Evenepoel qui saute la cause Espoirs, passant directement des Juniors à l'Elite. Mais il ne semble pas avoir froid aux yeux : «La Catalogne sera déjà un petit défi : Valverde, Quintana et les autres auront déjà une belle condition» dit-il.
On ne s'attend pas à ce qu'il y ait match, mais qu'Alejandro (qui-plus-est avec le maillot de champion du monde, et sans doute au top niveau encore l'an prochain) dispute la même course qu'un potentiel futur grand champion, l'idée me plait. Plus-que-jamais, il aura côtoyé un nombre impressionnant de leaders au cours de sa carrière. Tentons ici un rapide panorama, évidemment non-exhaustif :
-Des leaders de la fin des années 90, début des années 2000 : Bettini, Armstrong, Heras, Freire, Van Petegem, Rebellin...et même Bartoli avec qui il a couru deux Milan San Remo en 2002 et 2003, Jalabert avec qui il a couru la San Sebastian en 2002, et Pantani avec qui il a notamment disputé l'une des dernières courses de la carrière de l'Italien, le Tour du Pays Basque 2003, qui est également la course où Alejandro a remporté sa première victoire pro !
-Des leaders des années 2005-2010 : Boonen (Ah, Madrid 2005...!), Cunego, Kirchen, Ricco (Ah, SuperBesse...!), Evans, les frères Schleck, Vinokourov (Ah, la Vuelta 2006...!), Kashechkin, Di Luca...Que de noms qui sonnent déjà si loin !
-Des leaders des années 2010 (pour certains leaders dès les années 2000), pour une partie aujourd'hui en déclin ou retraités : Gilbert, Cancellara, Contador, Nibali, Cavendish, Gerrans (ancien grand rival !), Rodriguez, Costa, Mollema, Wiggins...
-Des leaders des dernières années, aujourd'hui (plus ou moins) au top : Sagan, Froome, Quintana, Kwiatkowski, D.Martin, Pinot, Bardet...
-De nouveaux ou futurs leaders : Alaphilippe, Landa, Dumoulin, Woods, Roglic, Bernal, Mas, Soler...
Valverde a traversé les générations avec une régularité exceptionnelle au plus haut niveau, aussi bien entre les saisons (sur une période de plus de 15 ans !) qu'au sein de chaque saison (de janvier à octobre), ce qui est un excellent signe en termes de propreté : le dopage se manifeste en effet souvent par des irrégularités de performance importantes inter et surtout intra-saisons.
Dès lors comment expliquer cette longévité ? Vélo Magazine avance plusieurs facteurs dans son dernier numéro. J'ai repris ici leurs principaux arguments en rajoutant un autre facteur qui me semble clef, celui de son environnement :
1- Son plaisir intact d'être coureur cycliste. C'est ce qu'il met lui-même en avant à chaque fois que la question de sa longévité lui est posée, et la science tend à lui donner raison. "S'il y a une usure qui s'opère au niveau de l'organisme, elle sera dans un premier temps liée au mental", explique Frédéric Grappe. "Quand un coureur s'arrête, c'est qu'il en a assez. Valverde s'amuser sur un vélo. Le plaisir et la motivation sont deux boosters de performance. Regardez Robert Marchand, quand il bat son record de l'heure, il prend 20 watts entre 103 et 105 ans !".
2- Un environnement dans lequel il se sent à l'aise, et ce depuis plus d'une décennie : sur le plan professionnel, Alejandro est resté dans la même équipe depuis 2005, fait rare pour un grand leader ; sur le plan personnel, il n'a jamais quitté Murcie, la ville où il est né, où il a passé toute son enfance et où il n'a cessé de s'entraîner depuis toujours, à la différence de nombreux leaders ayant choisi de déménager à Monaco ou ailleurs. Sur les deux plans, ce ne sont pourtant pas les propositions qui manquaient. Mais Alejandro est un coureur non seulement resté très simple, mais aussi qui fonctionne énormément au mental et qui se connaît très bien : sa réussite est liée de très près à son bien-être psychologique, lié à la stabilité de son environnement dans lequel il se sent très bien.
3- Une hygiène de vie irréprochable. Si les régimes draconiens ne sont pas du tout son habitude, et s'il est vrai qu'il semble disposer d'un métabolisme particulièrement favorable, Alejandro n'en reste pas moins très attentif sur le plan diététique (entre autre), lui permettant de rester affûté toute l'année.
4- Une excellente position sur le vélo qui a nettement contribué à sa longévité de coureur durant sa carrière. C'est un facteur souvent oublié, qui compte pourtant particulièrement.
5- Des réalités physiques parfois contre-intuitives : on dit parfois que tel coureur se "fait vieux" et n'a plus les qualités physiques de coureurs plus jeunes. Pourtant, comme Fred Grappe l'explique, la VO₂max n'est pas altérée par l'âge (elle se fige avant les 20 ans et n'évolue ensuite qu'à la marge) ; la PMA (puissance maximale aérobie) diminue assez peu sur une période de dix ans ; quant à la fréquence cardiaque maximale (FC max), si elle baisse bien avec l'âge, elle n'est "pas un facteur déterminant de la performance" selon Grappe. Il va jusqu'à dire que "rien n'est lié véritablement à l'âge. (...) Nous venons de faire passer des tests à nos coureurs en vue de 2019 et il apparaît que nous avons un coureur de 35 ans qui vient de battre ses records au niveau lactique. (...) Quand à l'explosivité, elle est liée à la fraîcheur musculaire. On a vu des sprinters, en athlétisme, battre des records sur 100 mètres à plus de 30 ans".
Valverde aura 39 ans en avril 2019. Il prévoit de continuer au moins jusqu'à fin 2020. Et je ne serais pas surpris qu'il prolonge une dernière année en 2021...La liste des leaders avec lesquels il aura couru durant toute sa très riche carrière est donc appelée à être encore complétée !

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