Demain c'est...le Tour ! Paradoxalement, à l'approche de ce grand rdv, le premier motif d'excitation qui me vient à l'esprit n'est pas un enjeu purement sportif, de compétition. J'ai le sentiment d'avoir finalement encore assez peu vu Alejandro avec son maillot irisé cette saison. Mon meilleur souvenir est sans hésitation son Tour des Flandres. Milan San Remo fut aussi un beau moment. Et son retour au mois de juin a été parfait. Mais oui, j'ai bien la sensation d'avoir encore trop peu profité, en tant que supporter, de ce plaisir. En ce sens, ces trois semaines en arc-en-ciel (son premier Grand Tour avec ce maillot), diffusées en intégralité à la tv, largement médiatisées par ailleurs, viendront combler un manque.
Evidemment, il est difficile de ne pas penser, aussi, à des enjeux sportifs. Alejandro dit qu'il vient "sans aucune ambition personnelle". Les débats ont été riches ces dernières semaines sur ce blog à ce sujet : s'agit-il seulement de politiquement correct ou le pense-t-il vraiment ? A moins que son propos ne porte que sur le général ? Mon avis - qui ne vaut que ce qu'il vaut - est le suivant : Alejandro a largement assez d'expérience pour savoir que le Tour est une machine capable de broyer toutes les ambitions initiales, aussi justifiées soient-elles au départ, et à l'inverse de porter au sommet (ou quasi) des coureurs qui n'en caressaient même pas l'espoir (Pereiro en 2006, Voeckler en 2011, Peraud en 2014, etc.). Dit plus simplement : on peut dresser tous les plans que l'on veut avant la course, ce sera la route qui remettra de toute façon chacun à sa place.
Mon propos n'est pas de dire qu'il existe un espoir caché qu'Alejandro, par un jeu de circonstances, devienne le leader de l'équipe. Je pense que le parcours particulièrement montagneux, notamment avec des Alpes où plusieurs sommets dépassent les 2000m, fait de Quintana et Landa deux leaders naturels pour viser la victoire. La question clef est plutôt de savoir jusqu’à quel point il sera justifié que la Movistar continue d’être entièrement portée sur l’objectif du général. Au départ, l’objectif est de gagner le Tour. Mais que se passera-t-il si, en cours d’épreuve, et notamment dès La Planche des Belles Filles, il devient manifeste que la victoire finale n’est plus à la portée de l’équipe, sauf retournement improbable ? Ce n’est pas que cela soit souhaitable : il serait formidable qu’Alejandro soit un acteur clef de la victoire d’un de ses leaders. Mais la question est bien légitime : malgré l’ambition initiale de viser le maillot jaune, le meilleur Movistar n’était pas dans le top 10 il y a deux ans (Quintana, 12e), pas dans le top 5 il y a un an (Landa, 7e). Or la Movistar s’est fait une spécialité d’être assez obstinée (pour ne pas dire butée) même face à l’évidence...
Si Alejandro obtient une certaine autonomie, ou se l’accorde lui-même, mon espoir est de le voir lever les bras en arc-en-ciel sur ce Tour. L’image serait évidemment magnifique...
Les opportunités de victoires
Deux en début de Tour, pour puncheurs/sprinters
-Dès lundi, le final de la 3e étape correspond à des puncheurs. Les 500 derniers mètres sont à 8%. Sébastien L nous disait : « je vois bien une arrivée groupée avec un top 10 digne d'une classique comme l'Amstel, avec des Sagan, Alaphilippe, Kwiatkowski, Van Aert, GVA, Matthews... Alejandro peut bien sur faire une belle place ».
-Mercredi, la 5e étape constitue la première étape de type moyenne montagne, avec une succession de trois côtes d’environ 5km à 6% dans les 75 derniers kms. Le scénario le plus probable me semble être une échappée victorieuse avec un baroudeur costaud victorieux, de type Boasson Hagen. Si toutefois le peloton arrivait pour la gagne, la victoire pourrait revenir à un coureur à la fois bon sprinter et résistant aux successions de côtes.
Ces deux premières opportunités pourraient correspondre à Alejandro sur le papier, mais la première implique sans doute de frotter, et la seconde n’est probablement pas assez exigeante pour qu’il s’impose - à moins d’aller dans l’échappée, mais c’est peu probable d’une part qu’on le laisse sortir s’il n’a pas perdu de temps au général, d’autre part qu’il veuille faire des efforts particuliers à la veille de La Planche des Belles Filles.
A mon avis, jusqu’à La Planche des Belles Filles a minima, le mot d’ordre chez Movistar sera probablement « tout pour le général, pas de dispersion ». Et on sait qu’Alejandro est loyal. Mais cela n’empêchera pas de regarder, le cœur battant, l’arrivée de la 3e étape...
Deux après le premier écrémage de la Planche, pour attaquants/puncheurs/baroudeurs
Le surlendemain de La Planche des Belles Filles, le weekend des 13 et 14 juillet, deux étapes peuvent être intéressantes - surtout la première.
-le samedi 13, la 8e étape sera très accidentée, avec une succession de côtes impressionnante : 3 800 mètres de dénivelé positif au total ! A 13km du but, la dernière côte fera presque 2km à 8%, avec les derniers 500m à 14,5% : j’imagine bien des puncheurs attaquer ici pour tenter de s’imposer en résistant au peloton jusqu’à l’arrivée. C’est jouable...à condition que l’échappée ait été reprise (pas gagné du tout). Une étape à suivre en tout cas. Et en cas de forte chaleur, gare aux défaillances...
-le lendemain, la 9e étape, relativement accidentée, semble promise aux échappés. Si Alejandro s’y glisse, il a ses chances. Mais les coureurs seront nombreux à vouloir prendre l’échappée...
Deux dans les Pyrénées
-Le 18 juillet, la 12e étape sera la première étape pyrénéenne, avec arrivée à Bagnères de Bigorre. C’est typiquement une étape qui peut sourire à un grimpeur à l’aise au sprint. Le vainqueur peut tout à fait être issu de l’échappée : cela peut être malin de s’y glisser...
-Le dimanche 21 juillet, la 15e étape, avec arrivée à Foix, peut correspondre à Alejandro. Elle se disputera le lendemain de la difficile arrivée au Tourmalet, durant laquelle « Alejandro dévissera peut être "semi volontairement" pour faire l'étape le lendemain » comme l’écrit Sébastien L. Il faudra tout de même être très fort, pour tenir le choc du mur de Péguère. Seul un très bon grimpeur en forme peut s’imposer.
Dans les Alpes
Les Alpes seront le gros morceau de ce Tour, avec une succession de trois étapes coriaces - sans pour autant être dessinées de façon à permettre une grande bagarre (hormis sur la 3e). Celle du « milieu », qui arrive à Tignes, a le profil pour sourire à une échappée. Mais il ne faudra pas avoir de problème avec l’altitude (sommet du col de l’Iseran à 2770m à 35km de l’arrivée)...
La veille, l’étape arrivant à Valloire, est belle mais je m’attends à un scénario peu palpitant du côté du général : les favoris n’ont vraisemblablement intérêt à attaquer que dans les derniers kms du dernier col, le Galibier. Si Alejandro tient le coup, une victoire au sprint en bas de la descente n’est pas impossible – mais là encore, tenir le coup nécessite de tenir le choc de l’altitude (2640m au sommet du Galibier).
Enfin, le samedi 27 juillet à la veille des Champs verra la dernière bataille pour le maillot jaune se jouer, avec une montée finale de 34km qui ne pardonnera pas à ceux qui finiront ce Tour fatigués.
Je n’ai pas inclus l’étape de La Planche des Belles Filles, ni celle du Tourmalet, ayant un peu de mal à croire en la possibilité d’un succès. Mais sait-on jamais...Par ailleurs, la 17e étape qui arrive à Gap peut également être intéressante, avec le col de la Sentinelle (5.2 km à 5.4 %) à 8,5 km de la ligne, même si on peut s’attendre à ce que la victoire revienne à un échappé.
En attendant le départ, voici plusieurs très belles photos d’Alejandro qui s'est entraîné hier pour le chrono par équipe : https://www.gettyimages.dk/detail/news-photo/alejandro-valverde-of-spain-and-movistar-team-during-the-news-photo/1160003592

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