Alejandro s'est confié à Sergi Lopez dimanche matin, avant le départ de la dernière étape. L'interview a été publiée ce matin dans l'édition payante du journal El Periodico que je me suis procurée. Alejandro a par ailleurs répondu aux questions d'El Pais. Voici donc une synthèse de ses réponses à ces deux entretiens.
"Je ressens de la tristesse. J'étais si proche du podium ! Et le perdre finalement..." : Alejandro est affecté par ce qui lui est arrivé, et on peut le comprendre. Pour expliquer son niveau un peu en-deçà de celui espéré, Alejandro dit qu'"il n'y a pas d'excuse". Il évoque toutefois "la pression", en particulier "la focalisation médiatique suite à l'abandon de Contador", même s'il ne veut pas en faire une excuse : "la pression, j'y suis habitué", sous-entendu ça ne lui empêche pas de réussir d'habitude. A mon avis je crois tout de même que le fond du problème est psychologique et qu'Alejandro s'est tellement mis la pression lui-même, pendant tant d'années, pour réussir le podium, qu'il a craqué au moment fatidique. Il explique en effet une chose intéressante : sur le chrono "sur les 9 premiers kms, mes temps étaient meilleurs que ceux de mes adversaires pour le podium. Puis je me suis bloqué. Comme ça. Les jambes ne tournaient plus. Je crois que j'ai payé la tension que je ressentais". Soulignons qu'il y a pile un mois, Alejandro tournait très bien les jambes au championnat d'Espagne chrono. En un mois, on ne perd pas ses jambes comme cela...d'autant que l'argument du manque de fraîcheur ne peut pas être valable puisqu'il n'avait pas couru le Dauphiné.
Sur ce Tour, sa "pire journée" fut "la dernière étape des Alpes" : "en pleine ascension de l'Izoard je suis resté sans forces. J'ai eu un coup de pompes, dont seule mon équipe a eu connaissance, et c'est pour ça qu'on a arrêté de rouler. Après le sommet, j'ai pu manger et récupérer des forces. Comme si ça ne suffisait pas, ce même jour mon vélo [le dérailleur] s'est cassé dans les derniers kms de la montée de Risoul. Finalement, on a pu sauver la journée."
Mais il tient à souligner ceci : "j'ai toujours été avec les meilleurs, toujours devant. J'ai lutté avec tout le monde, on était dans un mouchoir de poche, tous similaires...à l'exception de Nibali bien sûr, qui était au-dessus." Et il rajoute : "je ne crois pas avoir fait d'erreurs. J'ai été plus concentré que jamais, j'ai toujours couru bien placé. Non, je ne regrette en rien ce que j'ai fait".
Quoi qu'il en soit, il exprime pour la 1ere fois un rejet du Tour : "Pour la 1ere fois dans ma vie, je n'ai pas envie de revenir sur le Tour. Aujourd'hui, actuellement, je n'ai pas envie d'y revenir. Je ne sais pas comment je penserai dans quelques jours ou quelques mois. De nouvelles générations arrivent, très fortes, et il y a aussi Froome et Contador qui ont abandonné, sans compter le meilleur de la nouvelle génération, Nairo. Moi je me suis battu à ma place, même si finalement je n'ai pas pu atteindre l'objectif".
Dans El Pais, il dit "je ne me vois pas avec le moral [suffisant] pour disputer le Tour à fond en 2015" : c'est un petit peu différent, car cette fois c'est plutôt le général qu'il écarte, et non pas la participation même au Tour. A mon avis il reviendra peut-être sur le Tour mais pour gagner des étapes et se faire plaisir (outre aider Quintana).
Dans l'immédiat, il confie ceci : "Je dois oublier tout de suite tout ce qui s'est passé sur ce Tour et me concentrer sur mon prochain objectif". La suite, c'est cela qui le motive et lui fait garder le moral. Et cette suite, c'est le Mondial. Et pas la Vuelta. "Je vais peut-être courir la Vuelta en pensant plus à l'objectif du Mondial. J'ai 5 podiums mais aucun maillot arc en ciel. Je crois qu'est venu le moment de le gagner". A Sergi Lopez, qui lui demande "Quintana sera leader pour la Vuelta ?", il répond, lucide, "bien sûr". "Sur la Vuelta je vais sans doute courir en pensant à l'équipe [aider Quintana à gagner] et en me centrant sur ce qui est depuis le début de l'année mon grand objectif de la saison : gagner le Mondial de Ponferrada", où il sera leader de la sélection espagnole a-t-on appris il y a quelques jours. Alejandro mise donc tous ses espoirs sur ce Mondial qui lui ferait oublier la déception de ce Tour, et toutes les critiques qu'il a subi et qu'il dénonce, critiques venant des "réseaux sociaux" en particulier ("beaucoup de ces critiques viennent de gens qui n'ont aucune idée de ce qu'est le cyclisme, qui ne savent pas rouler et qui n'ont aucun respect envers les personnes et les sportifs"), mais aussi venant de certains journalistes.
A court terme, Alejandro va profiter de quelques jours de repos (relatif) à Murcie avant de courir la San Sebastian samedi, sa seule course avant la Vuelta annonce-t-il.
A plus long terme, Alejandro dit qu'il prolongera sans doute avec la Movistar : "j'ai envie de rester ici et l'équipe aussi a envie. S'il n'y a pas de bouleversement en août, nous resignerons."

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